Les deux pays se retrouvent ainsi sans procédure commune pour gérer les violations présumées ou empêcher un incident de dégénérer. Les propositions avancées ces dernières semaines illustraient déjà l’ampleur du désaccord : l’Iran souhaitait des conditions lui donnant le contrôle ou une influence sur certains itinéraires, tandis que les États-Unis rejetaient tout système d’autorisations, de péages ou d’autres obstacles au passage.
Le rôle d’Oman est devenu particulièrement délicat. Téhéran discute avec Mascate de possibles arrangements temporaires pour la navigation, mais Donald Trump a aussi menacé Oman si le sultanat entravait les initiatives américaines concernant le détroit. Même sans déboucher sur une action militaire, cette menace risque d’affaiblir un canal régional qui pourrait contribuer à maintenir le dialogue.
Les conséquences maritimes étaient déjà visibles avant l’échéance de la trêve. L’agence britannique United Kingdom Maritime Trade Operations a rapporté qu’un navire de charge avait été touché par un projectile non identifié en quittant le détroit. L’attaque a endommagé la salle des machines et blessé un membre d’équipage.
Le trafic a lui aussi chuté brutalement. Selon des données de Kpler citées dans la presse, seuls cinq navires ont franchi le détroit d’Ormuz un samedi récent, contre 31 le week-end précédent. Il s’agit d’une perturbation opérationnelle majeure, même si les éléments disponibles ne permettent pas d’affirmer que la voie maritime a été officiellement et totalement fermée.
Pour les armateurs et les opérateurs de fret, le problème immédiat est l’incertitude. Les navires peuvent être confrontés à des attaques, des interceptions, des retards, des déroutements ou à l’obligation d’attendre des garanties de sécurité. Les assureurs et les négociants doivent aussi intégrer la hausse des primes de risque de guerre et la possibilité qu’une restriction temporaire se transforme en interruption prolongée.
Les cours du brut ont réagi à la combinaison des attaques contre des navires, de l’impasse diplomatique et des restrictions sur le trafic dans le détroit d’Ormuz. Les contrats à terme sur le Brent ont clôturé à 88,52 dollars le baril le 14 août, tandis que les informations de marché publiées ensuite faisaient état de cours autour de 89 dollars ou au-dessus, sur fond de craintes concernant un blocus et la désorganisation du transport maritime.
Selon Reuters, le marché pétrolier se comportait de plus en plus comme si les perturbations des approvisionnements au Moyen-Orient pouvaient devenir une réalité durable, et non plus un choc de courte durée. Cette évolution est importante : l’effet sur les prix dépend moins de la date d’expiration de la trêve que de la capacité des navires à reprendre une circulation normale en toute sécurité.
Une perturbation prolongée pourrait renchérir le carburant, le fret et l’assurance, avec des répercussions sur les industries très consommatrices d’énergie, la pétrochimie et les économies dépendantes des importations énergétiques. L’impact final sur l’inflation et la croissance reste toutefois incertain. Il dépendra de la durée de la crise, des stocks disponibles, des itinéraires d’approvisionnement alternatifs et de la possibilité pour le trafic commercial de se rétablir.
La crise ne concerne plus seulement Washington et Téhéran. Les États du Golfe sont sous pression, la médiation d’Oman est fragilisée et des navires marchands de plusieurs nationalités restent exposés dans une voie maritime stratégique. Une nouvelle attaque contre un navire, une interception navale, une tentative de blocus ou une action menée par un groupe allié à l’un des camps pourrait déclencher un nouveau cycle d’escalade.
À court terme, le scénario le plus probable est donc celui d’une volatilité persistante plutôt que celui d’un règlement durable. Un accord crédible sur l’accès maritime pourrait ouvrir la voie à une reprise des négociations, mais il faudrait pour cela que les deux parties acceptent des règles applicables et vérifiables pour le passage des navires, tout en rétablissant un canal de discussions politiques. En attendant, l’expiration de la trêve affaiblit la diplomatie, rend le transport maritime moins prévisible et accroît la sensibilité des marchés de l’énergie à chaque incident autour d’Ormuz.