Deux pistes diplomatiques se retrouvent ainsi en concurrence. L’arrangement irano-omanais pourrait conférer à l’Iran un rôle important dans le contrôle des navires entrant dans le Golfe, alors que les États-Unis revendiquent leur propre contrôle du détroit et cherchent parallèlement à négocier avec Téhéran.
La révélation d’un canal de discussion entre Washington et le CGRI laisse entendre que les États-Unis communiquent directement avec l’une des principales institutions militaires et sécuritaires iraniennes, tandis qu’Oman continue de jouer son rôle d’intermédiaire.
Les informations disponibles ne précisent toutefois ni l’identité des personnes impliquées, ni le format de ces échanges, ni leur véritable mandat de négociation. La portée exacte de ce canal reste donc incertaine.
Le ton adopté par Trump ne suggère pas non plus un compromis imminent. En demandant à l’Iran de « hisser le drapeau blanc de la reddition », il décrit les discussions dans des termes fortement coercitifs. Il a par ailleurs insisté sur l’absence de calendrier fixe pour un accord.
Donald Trump présente la prévention de l’obtention de l’arme nucléaire par l’Iran comme l’objectif central des États-Unis. Il a cependant formulé séparément une ambition beaucoup plus large : après avoir vaincu l’Iran, il a déclaré qu’il pourrait bientôt faire du détroit d’Ormuz un territoire américain. Téhéran a rejeté cette affirmation, jugée juridiquement et politiquement intenable.
Ces deux objectifs ne recouvrent pas la même logique. Le premier relève de la non-prolifération nucléaire et de la sécurité. Le second constitue une revendication stratégique sur une voie maritime internationale par laquelle transitaient, avant la crise, environ 20 % des cargaisons mondiales de pétrole et de gaz.
Les informations disponibles ne montrent pas que le projet d’accord entre l’Iran et Oman transférerait la souveraineté sur le détroit à l’un ou l’autre pays. Elles décrivent plutôt un corridor maritime négocié et des modalités de gestion du trafic.
L’Iran et Oman ont indiqué être parvenus à un accord sur les coordonnées géographiques d’une route destinée au transport commercial et préparer une annonce commune. Des informations ultérieures ont décrit cette route comme temporaire — potentiellement pour une durée de deux à quatre mois — et susceptible de traverser les eaux territoriales iraniennes, ce qui donnerait à Téhéran le contrôle des navires entrant dans le Golfe.
Selon des informations issues de médias liés à l’État iranien, le dispositif devait également interdire l’accès aux navires américains et israéliens et prévoir des sanctions financières contre les contrevenants. Ces éléments ne constituaient pas une position reconnue comme étant acceptée par Washington.
Pour Téhéran, cet accord sur la route maritime ne suffisait pas à lui seul à rouvrir complètement le détroit. Les responsables iraniens ont exigé plusieurs mesures américaines :
L’Iran a aussi démenti mener des négociations directes avec les États-Unis tant que ces conditions ne seraient pas remplies. Selon Téhéran, les messages passent par des pays intermédiaires.
L’importance d’Oman tient autant à sa position géographique qu’à son rôle diplomatique. Le pays borde le côté sud du détroit d’Ormuz et sert depuis longtemps de relais entre Washington et Téhéran. Il dispose donc à la fois d’un intérêt pratique dans tout accord sur la navigation et d’un canal de communication entre deux gouvernements qui affirment ne pas négocier directement.
La menace de Trump est, à ce titre, particulièrement lourde de conséquences. Menacer militairement l’intermédiaire le mieux placé pour parler aux deux camps risque d’affaiblir la médiation elle-même, tout en mettant sous pression un pays directement impliqué dans le projet de route maritime.
Cela pourrait compliquer une réouverture négociée du détroit, alors que Washington, Téhéran et Mascate poursuivent des démarches qui se chevauchent sans viser exactement le même résultat. La question ne porte donc pas seulement sur le tracé d’une route pour les navires, mais aussi sur les sanctions, le blocus, les réparations, la présence militaire américaine et l’autorité qui contrôlerait l’accès au passage maritime.
Les enjeux économiques sont mondiaux. Le détroit d’Ormuz est un goulet d’étranglement essentiel pour l’approvisionnement énergétique, avec environ un cinquième des flux mondiaux de pétrole et de gaz naturel liquéfié qui y transitaient avant la crise. La reprise du trafic dépendra ainsi autant de l’accord technique entre l’Iran et Oman que du règlement du bras de fer entre Washington et Téhéran.