36,066 ÷ 58,529 = 61,6 %
La filiale américaine a ainsi dépassé TSMC Nanjing, qui était auparavant le principal contributeur étranger du groupe. De son côté, Japan Advanced Semiconductor Manufacturing (JASM), la coentreprise japonaise de TSMC à Kumamoto, est enfin passée dans le vert au premier trimestre 2026 après le début de sa production de masse fin 2024. Avec un bénéfice trimestriel de 951 millions de dollars taïwanais, JASM reste néanmoins très loin du niveau atteint par l’Arizona.
Cette hiérarchie illustre le changement de profil des implantations internationales de TSMC : les sites les plus récents commencent à sortir de leur phase de lancement, tandis que la demande en technologies avancées soutient les unités capables de produire des composants à forte valeur ajoutée.
Le marché des accélérateurs d’IA et des processeurs pour centres de données reste le principal moteur de cette amélioration. TSMC a décrit la demande pour ses puces d’IA comme forte et appelée à durer plusieurs années, notamment de la part de ses grands clients américains. La direction a également cité les progrès opérationnels du site de l’Arizona pour justifier l’augmentation de son investissement aux États-Unis.
La combinaison de trois facteurs a donc joué en faveur de la rentabilité :
Il serait toutefois prématuré de considérer le bénéfice du premier semestre comme un rythme de croisière. Le résultat publié au premier trimestre comprenait environ 16,9 milliards de dollars taïwanais de produits d’investissement. Le bénéfice de la filiale ne constitue donc pas un indicateur parfaitement comparable à la seule rentabilité opérationnelle de ses usines, ni une mesure fiable d’un bénéfice récurrent.
Après environ 18,807 milliards de dollars taïwanais au premier trimestre, TSMC Arizona a enregistré 17,259 milliards au deuxième trimestre, soit un recul séquentiel de 8,2 %.
Cette baisse est intervenue malgré une demande toujours élevée. L’explication avancée tient surtout à la hausse des amortissements : à mesure que de nouveaux équipements et de nouvelles capacités entrent en service, leur coût est comptabilisé dans les résultats. La diminution du bénéfice ressemble donc davantage à un effet de reconnaissance des coûts lié à la montée en cadence qu’à un retournement de la demande.
Ce mécanisme est classique dans l’industrie des semi-conducteurs. Une usine peut commencer à générer des revenus importants tout en voyant ses marges se contracter temporairement lorsque de nouveaux actifs sont mis en production avant d’atteindre leur niveau optimal d’utilisation et de rendement.
À court terme, la hausse de l’utilisation des capacités, le poids des nœuds de gravure avancés et la persistance de la demande liée à l’IA devraient continuer à soutenir les bénéfices de l’Arizona. Mais le site doit aussi absorber des coûts fixes élevés : construction, exploitation, équipements et amortissements des nouvelles lignes.
TSMC a indiqué que son expansion à l’étranger pourrait réduire sa marge brute consolidée d’environ 2 à 3 points de pourcentage dans les premières phases. La montée en puissance de la technologie 2 nm devrait par ailleurs exercer une pression supplémentaire sur les marges.
La question n’est donc pas tant de savoir si l’Arizona peut rester rentable que de déterminer à quel rythme ses bénéfices pourront progresser une fois les investissements supplémentaires intégrés dans les comptes. Le résultat du premier semestre est solide, mais son taux de croissance de 662,8 % ne constitue probablement pas une base stable pour les prochaines années.
L’Arizona produit actuellement en 4 nm. La production en volume du 3 nm est prévue pour 2027, tandis que la production autour de 2 nm devrait suivre vers 2028. Ces technologies plus avancées pourraient augmenter le revenu généré par chaque tranche de silicium et préserver l’importance stratégique du site auprès des clients spécialisés dans les puces de pointe.
Mais chaque transition implique aussi une nouvelle courbe d’apprentissage des rendements, de nouveaux équipements à amortir et des dépenses de démarrage. La rentabilité ne progressera donc pas nécessairement en ligne droite : elle pourrait fluctuer à chaque étape de l’expansion.
TSMC a par ailleurs ajouté 100 milliards de dollars à son programme américain, portant son investissement prévu aux États-Unis à 265 milliards de dollars. Cet engagement doit accroître l’échelle du complexe de l’Arizona, mais il augmente également la base de capital sur laquelle les bénéfices futurs devront produire un rendement suffisant.
En résumé : l’Arizona est devenu le site étranger le plus rentable de TSMC parce que les volumes liés à l’IA et la bonne montée en cadence du 4 nm ont compensé le handicap initial des coûts de lancement. Sa rentabilité semble durable sur le plan stratégique et économique, mais le niveau atteint au premier semestre 2026 ne doit pas être extrapolé mécaniquement : la hausse des amortissements et les futures transitions vers le 3 nm et le 2 nm pourraient rendre les résultats plus heurtés.