L’importance de Hengli ne tient donc pas seulement à la taille de son site de Dalian. Ses achats présumés relient une grande raffinerie industrielle à un écosystème déjà établi : le brut iranien peut y être vendu à des acheteurs chinois disposés à l’acquérir, tandis que les entreprises et les navires impliqués subissent la pression des États-Unis.
La mesure du Trésor américain visait cet écosystème autant que la raffinerie elle-même. Dans son communiqué, l’administration a estimé que les raffineries chinoises indépendantes continuaient de jouer un rôle essentiel dans le soutien de l’économie pétrolière iranienne et a décrit Hengli comme l’un des principaux clients de l’Iran.
Le commerce repose également sur un modèle de « flotte fantôme » destiné à rendre les cargaisons plus difficiles à suivre. Les enquêtes consacrées à ce réseau font état de pétroliers vieillissants ou difficiles à identifier, de transbordements en mer et de manœuvres visant à dissimuler l’identité des navires ou l’origine du brut. Dans un reportage du Journal, des journalistes ont observé le pétrolier sanctionné Catalina 7 transférer du pétrole par un tuyau vers un autre navire dont le nom avait été recouvert de peinture noire.
Ce dispositif multiplie les intermédiaires entre le producteur et la raffinerie finale. Les cargaisons peuvent être transbordées en mer, les données de suivi devenir incomplètes ou peu fiables, et le pétrole être réétiqueté avant d’arriver chez l’acheteur. Sanctionner certains navires ou certaines sociétés peut donc écarter des participants du système sans supprimer les capacités de transport sous-jacentes.
L’épisode précis du Seeker 8 mentionné dans la demande initiale doit être considéré avec prudence. Les éléments fournis ne permettent pas d’en établir la date, le volume de la cargaison, l’itinéraire ou le lien vérifié avec Hengli. Il n’est donc pas possible de le présenter comme un élément confirmé de l’enquête.
Les sanctions annoncées en avril 2026 visaient la filiale de raffinage de Hengli à Dalian, et non l’ensemble des activités du groupe Hengli. Le reportage initial indiquait que les autres activités du groupe n’avaient pas été sanctionnées.
La décision a néanmoins créé une pression commerciale immédiate. Reuters a rapporté que les sanctions avaient contraint la branche de négoce de Hengli à Singapour à fermer. L’agence a également indiqué que le groupe avait commencé à réorienter ses approvisionnements en brut vers d’autres sources, sans que cela signifie l’arrêt de l’ensemble de ses activités.
Cette distinction est essentielle. Les sanctions peuvent limiter l’accès aux banques, à l’assurance, aux partenaires commerciaux et aux services internationaux pour une entité désignée. Elles peuvent aussi rendre la chaîne d’approvisionnement d’une raffinerie plus coûteuse et plus complexe. Mais le changement de fournisseurs ne signifie pas que le pétrole iranien a disparu du marché, surtout lorsque d’autres acheteurs et intermédiaires restent disponibles.
Pékin s’oppose aux sanctions américaines unilatérales et encourage un recours accru au yuan dans le commerce pétrolier et les échanges internationaux. Le Journal a rapporté que Hengli entendait régler ses futurs achats de pétrole en yuans plutôt qu’en dollars, monnaie dominante du marché pétrolier mondial.
Ce choix est important, car une grande partie de l’influence de Washington repose sur le système financier centré sur le dollar. Si les transactions peuvent être réalisées avec des contreparties chinoises et réglées en yuans, les États-Unis disposent de moins de moyens pour bloquer chaque paiement ou dissuader chaque acteur en s’appuyant uniquement sur l’accès aux infrastructures de compensation en dollars.
La position chinoise ne rend pas automatiquement licite, au regard du droit américain, chaque transaction pétrolière avec l’Iran. De même, un règlement en yuans ne prouve pas à lui seul qu’une cargaison provient d’Iran. Il réduit toutefois l’efficacité d’une stratégie de sanctions qui dépend de l’isolement de l’Iran vis-à-vis des circuits financiers et commerciaux traditionnels.
Les éléments disponibles permettent de tirer trois conclusions générales :
Les informations disponibles ne permettent pas d’établir la part exacte de Hengli dans les exportations iraniennes, le volume vérifié de brut iranien livré à Dalian, les détails de la cargaison du Seeker 8 ou l’effet précis de l’évolution de la demande mondiale de pétrole sur les revenus futurs de l’Iran. Elles ne suffisent pas non plus à chiffrer un éventuel recul des exportations iraniennes. Ces questions nécessitent l’accès à l’enquête complète ainsi qu’aux données de transport maritime, de douane et de flux financiers.
La conclusion la plus solide est donc plus circonscrite : l’action américaine a exposé un acheteur présumé de premier plan et imposé des coûts réels à Hengli, mais elle n’a pas supprimé le vaste système chinois de demande et de logistique qui permet au pétrole iranien de continuer à trouver preneur.