Le mouvement dépasse une simple prise de bénéfices. Depuis son sommet historique de juin, SK Hynix a perdu jusqu’à 47 %, sa capitalisation ayant diminué de plusieurs centaines de milliards de dollars. Les investisseurs s’inquiètent d’un marché devenu trop encombré et de l’ampleur des positions financées par effet de levier .
À l’échelle du secteur, les grands groupes de mémoire et de stockage ont perdu plus de 2 000 milliards de dollars de capitalisation depuis leurs pics de juin. Nvidia, SK Hynix, Samsung Electronics, Micron, AMD et TSMC ont chacun vu plus de 100 milliards de dollars de valeur boursière disparaître .
Les investisseurs ont aussi réagi à une vague de révisions à la baisse. Goldman Sachs avait notamment abaissé sa recommandation sur SK Hynix, évoquant le risque d’une première baisse des prix dans la mémoire à large bande passante, ou HBM — une mémoire essentielle pour les accélérateurs d’intelligence artificielle .
En juillet, les abaissements de recommandations ou d’objectifs de cours ont été deux fois plus nombreux que les relèvements, avec 828 révisions à la baisse recensées en Corée du Sud. Les valeurs technologiques et les fabricants de puces ont été particulièrement concernés .
Certaines banques restent toutefois optimistes. Goldman Sachs a maintenu ses recommandations à l’achat sur Samsung Electronics et SK Hynix après leur correction, estimant que le pessimisme du marché était excessif . Goldman Sachs et JPMorgan ont également souligné que les multiples cours/bénéfices prévisionnels de ces groupes, autour de 3,5 à 3,6 fois, semblaient très faibles au regard de leurs fondamentaux .
Le marché commence à remettre en question le rendement des sommes engagées dans les centres de données, les accélérateurs et les infrastructures nécessaires à l’IA. Cette inquiétude s’est amplifiée après plusieurs séances difficiles pour les valeurs technologiques américaines et l’entrée du Nasdaq en zone de correction .
La crainte n’est pas nécessairement que la demande d’IA disparaisse. Elle porte plutôt sur la possibilité que les dépenses augmentent plus vite que les revenus et les bénéfices qu’elles généreront. Cette incertitude pèse particulièrement sur les fabricants de mémoire HBM, dont les valorisations avaient fortement progressé.
Les marchés de Séoul et de Tokyo réagissent rapidement aux mouvements de Wall Street. Les investisseurs asiatiques ajustent souvent leurs positions dès la réouverture, après une baisse des valeurs américaines des semi-conducteurs .
Le mécanisme s’est déjà répété lors des précédentes séances : Nvidia, AMD, Intel, Micron, SanDisk et Western Digital ont subi de fortes ventes, avant que la pression ne se propage aux fabricants asiatiques .
SK Hynix a publié un bénéfice trimestriel et un chiffre d’affaires records, mais son résultat opérationnel n’a pas atteint les prévisions des analystes. Le titre a alors perdu plus de 10 % lors d’une séance, rappelant que de bonnes performances absolues ne suffisent plus lorsque les attentes sont extrêmement élevées .
Le marché surveille aussi les perspectives de prix de la mémoire, les niveaux de stocks chez les fabricants de modules et l’arrivée éventuelle d’une offre supplémentaire en provenance de Chine .
Samsung Electronics n’a pas été épargné par la correction au cours des séances précédentes : le groupe a notamment perdu plus de 13 % le 28 juillet . Mais vendredi, il a relativement mieux résisté que SK Hynix.
La différence tient en partie à la structure des deux entreprises. SK Hynix est très fortement exposé à la mémoire et à la HBM, tandis que Samsung dispose d’activités plus diversifiées, notamment dans la fonderie, les puces logiques et l’électronique grand public. Cette diversification peut amortir les mouvements de vente qui frappent un segment particulier.
Les deux titres restent néanmoins sous pression. Sur le mois précédant le 4 août, Samsung Electronics avait reculé de 23 % et SK Hynix de 35 % .
C’est la question centrale pour les investisseurs. Un premier scénario voit dans cette baisse une correction cyclique au sein d’un cycle de croissance durable, porté par la demande en infrastructures d’IA. Dans cette lecture, le recul des cours pourrait offrir un point d’entrée, comme le soutiennent certains analystes .
L’autre scénario est plus prudent : la demande en mémoire HBM pourrait ralentir, les prix se retourner et les dépenses des entreprises technologiques ne pas justifier les valorisations atteintes plus tôt dans l’année.
La chute de vendredi ne permet pas de trancher. Elle montre surtout que le marché exige désormais des résultats et des perspectives suffisamment solides pour justifier les investissements massifs consacrés à l’IA.