Les principaux chiffres de l’exercice 2025-2026, clôturé le 30 juin 2026, illustrent le basculement stratégique d’Eutelsat :
Le contraste est donc net : la hausse rapide du LEO compense progressivement l’érosion de la vidéo, mais elle pèse encore sur les marges. Eutelsat doit financer le renouvellement de OneWeb tout en participant au déploiement de la future infrastructure européenne IRIS².
Lors de la conférence téléphonique avec les investisseurs, Jean-François Fallacher a soutenu que le marché ne valorisait pas suffisamment Eutelsat au regard de ses actifs LEO et de son positionnement européen .
Son principal argument concerne la concentration de la clientèle de Starlink. Selon les informations communiquées dans le cadre de l’introduction en Bourse de SpaceX, près de 25 % des revenus de Starlink proviendraient d’un seul client gouvernemental américain, désigné sous le nom de « Client A » . Pour Eutelsat, cette dépendance constitue un risque qui serait moins marqué chez lui.
Le groupe français s’appuie en effet sur un portefeuille multi-orbite combinant les satellites LEO de OneWeb et ses actifs géostationnaires (GEO), ainsi que sur une clientèle répartie entre acteurs commerciaux et administrations. « Quand nous regardons la valorisation de Starlink, nous pensons être sous-évalués en tant qu’entreprise, au regard des actifs que nous exploitons actuellement », a déclaré Fallacher .
Cette comparaison ne signifie pas qu’Eutelsat cherche à affronter Starlink sur le marché grand public. Elle met plutôt en avant des marchés où l’opérateur estime pouvoir se différencier : connectivité d’entreprise, services gouvernementaux, défense et infrastructures souveraines.
L’un des temps forts de l’exercice est la signature du contrat CENTAURE avec le ministère français des Armées et des Anciens combattants. Le marché a été conclu par l’intermédiaire de la Direction générale de l’armement (DGA) et constitue le premier marché subséquent de l’accord-cadre NEXUS, signé en juin 2025 .
Au-delà du chiffre d’affaires attendu, CENTAURE donne une première traduction opérationnelle au positionnement souverain défendu par Eutelsat. Le contrat doit également servir de relais avant la montée en puissance d’IRIS².
Le 7 août 2026, la Commission européenne et le consortium SpaceRISE ont signé l’accord de mise en œuvre d’IRIS². Cette étape, appelée « Rendez-vous 1 », fait passer le projet de la phase de préparation à celle du déploiement industriel .
Eutelsat, aux côtés d’Hispasat et de SES au sein de SpaceRISE, a été confirmé comme chef de file du segment LEO . L’entreprise prévoit d’engager au total 3,39 milliards d’euros entre 2027 et 2034 :
Le périmètre de la constellation a également été élargi. Le système prévu dans le contrat de concession comptait 290 satellites, dont 264 satellites LEO à double bande Mil-Ka/Ku et 18 satellites en orbite moyenne (MEO). L’ajout de 66 satellites dédiés à la défense, à la sécurité et aux services d’urgence porte le total annoncé à 348 satellites .
IRIS² doit s’appuyer sur les standards de 5G NTN — pour « réseau non terrestre » — afin de permettre des services de connectivité sécurisés et interopérables avec les réseaux mobiles . Les premiers services sont visés pour 2029-2030, tandis que le déploiement complet de la constellation est attendu d’ici 2034 .
Pour l’exercice 2026-2027, Eutelsat table sur une poursuite de la croissance LEO :
Les chiffres précis de la croissance LEO « supérieure à 30 % » et des dépenses d’investissement proches de 1,2 milliard d’euros proviennent de la conférence téléphonique du 7 août 2026 et de la synthèse de Reuters. La documentation officielle confirme la trajectoire générale, mais les investisseurs devront vérifier les montants définitifs dans la présentation de guidance 2026-2027 d’Eutelsat avant de les utiliser pour une décision d’investissement .
Eutelsat aborde ainsi une année charnière : ses activités historiques continuent de s’effriter, mais OneWeb, les contrats de défense et IRIS² lui offrent une voie pour devenir un acteur européen majeur de la connectivité souveraine multi-orbite.