La logique de BYD est d’abord commerciale et réglementaire : produire directement dans l’Union européenne permet d’éviter le mur tarifaire qui pénalise les véhicules électriques fabriqués en Chine. Les voitures électriques chinoises importées dans l’UE sont soumises à des droits pouvant atteindre 27 %, tandis qu’une production en Turquie resterait exposée à des droits lors des exportations vers le marché européen .
La Hongrie, membre de l’UE, devient donc le point d’ancrage industriel de BYD sur le continent. Le site de Szeged, dans le sud du pays, a commencé sa production pilote fin janvier 2026 . La production en série était annoncée pour le deuxième trimestre, tandis que l’assemblage complet est désormais attendu au quatrième trimestre 2026 . Le premier modèle prévu sur les lignes est la Seagull, une citadine électrique compacte .
Le calendrier a déjà été repoussé par rapport à l’objectif initial de fin 2025. Des informations publiées en juillet 2025 indiquaient en outre que l’usine fonctionnerait en dessous de sa capacité pendant au moins ses deux premières années, avec seulement quelques dizaines de milliers de véhicules produits en 2026, contre une capacité théorique annuelle de 300 000 unités .
BYD cherche aussi un deuxième site d’assemblage en Europe. L’entreprise envisagerait de reprendre une usine existante dans le sud du continent, l’Espagne figurant parmi les pays étudiés .
Le ministère turc de l’Industrie et de la Technologie a suspendu au début de 2026 les exemptions de droits de douane dont bénéficiait BYD, invoquant l’absence de progrès tangible sur le projet de Manisa .
L’accord d’investissement n’est toutefois pas automatiquement annulé. Les autorités turques affirment qu’il reste en vigueur, tout comme les obligations et les garanties fournies par le constructeur . Si BYD renonce officiellement à l’usine, Ankara pourrait demander le remboursement des avantages déjà accordés, avec intérêts, conformément au droit turc et au contrat d’investissement .
En juillet 2026, le ministre de l’Industrie et de la Technologie Mehmet Fatih Kacir a déclaré devant des parlementaires que la Turquie engagerait une procédure judiciaire pour récupérer ces aides si le projet était formellement annulé . Les médias turcs évoquent également la récupération de l’ensemble des exonérations fiscales, intérêts compris .
La suspension des avantages a déjà eu un effet visible sur les ventes locales de BYD : le constructeur n’a vendu que 152 véhicules en Turquie en mai 2026, contre 3 866 en janvier .
L’abandon apparent d’un investissement annoncé avec éclat a aussi un coût politique pour la Chine. La Turquie est un partenaire stratégique important de Pékin, et l’affaire BYD risque d’alimenter les critiques sur la fiabilité des engagements industriels chinois.
D’après Middle East Eye, le gouvernement chinois a « considérablement intensifié » ses activités de relations publiques en Turquie après le coup porté à son image par le gel du projet . Un consultant du gouvernement turc a qualifié cette démarche de « blitz de propagande » . Les actions rapportées comprennent notamment :
Le 4 août 2026, CGTN a publié une tribune consacrée aux 55 ans des relations entre la Chine et la Turquie, en insistant sur l’idée d’un « avenir partagé » . Le même jour, China Daily a publié un article intitulé « Du Bosphore au Yangtsé : les relations entre la Turquie et la Chine à 55 ans » . Ces messages s’inscrivent dans une tentative de replacer le différend industriel dans le cadre plus large des relations bilatérales.
Le statut actuel du projet d’usine ou d’assemblage de BYD en Malaisie n’est pas documenté par les résultats disponibles. Il n’est donc pas possible d’en donner une échéance fiable ni de confirmer une évolution récente.
Les sources réunies ne fournissent pas non plus de chiffres vérifiables sur les ventes mondiales de BYD en juillet 2026 ou sur sa part de marché européenne en 2026. Enfin, la Chine a saisi l’Organisation mondiale du commerce en octobre 2024 au sujet du droit supplémentaire de 40 % appliqué par la Turquie aux véhicules électriques chinois, mais aucune décision de l’OMC n’est rapportée ici .
L’affaire illustre le dilemme auquel sont confrontés les constructeurs chinois : ils doivent installer rapidement des capacités de production dans l’UE pour réduire leur exposition aux droits de douane, tout en honorant leurs promesses d’investissement dans des pays voisins comme la Turquie.
Pour Ankara, le transfert de priorité vers la Hongrie fragilise la crédibilité de la Turquie comme base industrielle et remet en cause un accord présenté comme stratégique . Pour Pékin, l’enjeu dépasse BYD : il s’agit désormais de contenir les dégâts diplomatiques et de préserver une relation que la crise industrielle a sérieusement mise à l’épreuve.