La reprise des combats en juillet a brutalement inversé la tendance. Les États-Unis ont annoncé le rétablissement d’un blocus naval couvrant l’ensemble du littoral iranien, ses ports et ses terminaux pétroliers . De leur côté, les Gardiens de la révolution iraniens ont déclaré le détroit d’Ormuz « complètement fermé » .
Le trafic maritime s’est alors effondré : plus de 130 navires traversaient quotidiennement le détroit avant la guerre, contre seulement quelques unités par jour au plus fort de l’escalade de juillet . Cette perspective de voir une artère essentielle du commerce mondial se gripper a immédiatement alimenté la prime de risque sur l’énergie.
Le Brent, référence internationale du pétrole, a progressé de 9 % en une seule journée le 12 juillet, pour atteindre environ 83 dollars le baril après l’annonce du blocus . Il a ensuite franchi les 90 dollars le 20 juillet , puis atteint 96 dollars le 23 juillet . Avec l’élargissement des tensions à la mer Rouge et les attaques attribuées aux Houthis contre des navires, le cours a finalement dépassé les 100 dollars le baril .
Cette hausse ne reflétait pas seulement une baisse immédiate de la production. Les marchés intégraient aussi le coût du détournement des navires, l’augmentation des primes d’assurance et le risque que des cargaisons restent immobilisées. Dans un marché en déport — situation où les contrats à court terme valent plus cher que ceux à échéance plus lointaine — les investisseurs exposés au brut, à l’essence et au diesel ont obtenu des rendements particulièrement élevés .
Les attaques menées par les Houthis, alliés de l’Iran, ont ajouté une nouvelle source d’inquiétude. Après le détroit d’Ormuz, c’est la route pétrolière de la mer Rouge qui a été menacée, notamment autour du détroit de Bab el-Mandeb .
La perturbation simultanée de ces deux corridors maritimes a renforcé les craintes concernant les livraisons d’énergie du Golfe. Pour les marchés, le risque n’était donc plus limité à un point de passage unique : il concernait désormais plusieurs itinéraires essentiels au transport du pétrole et des marchandises.
La hausse des matières premières a été principalement portée par l’énergie et l’agriculture . Le pétrole raffiné, l’essence et le diesel ont profité de la structure en déport des courbes énergétiques, tandis que les perturbations commerciales ont soutenu les prix de plusieurs ressources.
L’agriculture a également bénéficié de facteurs météorologiques. La confirmation d’un épisode de super El Niño a fait craindre une détérioration des récoltes de céréales et de certaines matières premières agricoles . Les risques liés aux exportations de la mer Noire et aux marchés des biocarburants ont aussi soutenu certains grains et oléagineux .
Du côté des métaux, l’acier a atteint des plus hauts de plusieurs années, les investisseurs redoutant des problèmes d’approvisionnement et de raffinage . La progression n’a donc pas été uniforme : le choc géopolitique a créé d’importants écarts de performance entre les différents segments du marché des ressources naturelles.
L’or et l’argent ont enregistré des gains hebdomadaires malgré plusieurs facteurs habituellement défavorables aux métaux précieux : la hausse du pétrole, l’accélération des anticipations d’inflation, le renforcement du dollar, la remontée des rendements obligataires américains et la perspective d’une politique monétaire plus stricte de la Réserve fédérale américaine .
Cette résistance témoigne d’une demande persistante pour les actifs refuges, alors que l’incertitude géopolitique atteignait un niveau exceptionnel.
L’indice Bloomberg du dollar américain avait déjà signé sa meilleure performance mensuelle de l’année en juin, et le billet vert est resté recherché en juillet . La nouvelle escalade a ravivé les anticipations d’inflation et fait progresser les paris sur de futures hausses de taux de la Fed .
La combinaison d’un dollar plus fort et de rendements obligataires plus élevés a compliqué la situation des obligations et des actifs sensibles aux taux, tout en augmentant la pression sur les économies importatrices d’énergie.
Les marchés actions mondiaux ont évolué de manière contrastée, voire négative, à mesure que le choc énergétique faisait resurgir le spectre de la stagflation — une combinaison de croissance faible et d’inflation élevée. La hausse du pétrole, des rendements obligataires et du dollar a pesé sur les indices boursiers .
Selon l’analyse de S&P Global Market Intelligence, les prix des matières premières pourraient rester supérieurs à leurs niveaux d’avant le conflit jusqu’en 2028, en raison des dommages persistants infligés aux infrastructures et d’un risque géopolitique durable .
La Banque mondiale prévoyait déjà une hausse de 24 % des prix de l’énergie en 2026, la plus forte depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022 . L’escalade de juillet a renforcé cette perspective.
Les analyses d’UBS, de Saxo Bank et d’Invesco soulignent enfin la rapidité avec laquelle les signaux diplomatiques sont désormais suivis d’une nouvelle escalade militaire . Tant que cette dynamique persistera, les marchés devraient rester extrêmement sensibles à chaque annonce concernant les négociations, la sécurité maritime et le fonctionnement du détroit d’Ormuz comme de la mer Rouge.