Dépendance et perte d'autonomie. Les utilisateurs peuvent développer des liens affectifs avec des IA humanisées. Ce phénomène crée des risques de dépendance excessive et d'atteinte à la vie privée et à l'autonomie . Les personnes sont plus enclines à divulguer des informations personnelles à un chatbot « à visage humain » , et le mécanisme d'« inférence anthropomorphique » pousse les utilisateurs à attribuer des rôles sociaux à ce qui n'est fondamentalement qu'un système de prédiction de texte .
Distorsion des jugements moraux et juridiques. L'anthropomorphisme, en tant que sophisme, fausse notre appréciation morale de l'IA : on lui attribue un caractère, un statut, ou une responsabilité qu'elle ne peut avoir . Les utilisateurs peuvent être amenés à conférer une responsabilité morale à une machine , et les entreprises utilisant ces « personnes de synthèse » peuvent manipuler les consommateurs tout en éludant leur propre responsabilité .
Risques de sécurité informatique accrues. Tout ce qui est conçu pour persuader rend plus vulnérable à la manipulation. D'un point de vue cybersécurité, l'IA anthropomorphisée est une menace sérieuse car elle exploite nos heuristiques de confiance, qui peuvent être transformées en armes par des escrocs .
Exagération des capacités et « hype » autour de l'IA. Le langage anthropomorphique gonfle systématiquement ce que les systèmes d'IA sont vraiment capables de faire, contribuant à une méconnaissance généralisée de leurs limites réelles .
La prestigieuse revue scientifique Nature a pris une position claire sur ce sujet : « Nous essaierons d'éviter à tout prix l'emploi de 'the AI / an AI' en raison de la fâcheuse suggestion d'agence qu'il implique. Nous utiliserons plutôt 'the AI system / an AI system' ou serons très explicites sur ce dont nous parlons. »
Traiter « IA » comme un nom comptable (par exemple, « l'IA a décidé », « une IA qui pense ») sous-entend subtilement l'existence d'une entité unifiée, auto-dirigée et dotée d'états mentaux. Reformuler « IA » comme un adjectif modifiant « système » (ou « modèle », « outil », « algorithme ») rappelle constamment au public qu'il s'agit d'un artefact d'ingénierie, et non d'un esprit . Ce simple changement linguistique est un garde-fou qui permet de contrer ce qu'une analyse appelle la dimension « terminologique » du battage médiatique autour de l'IA .
En résumé : Anthropomorphiser l'IA n'est pas une métaphore inoffensive. Cela conduit à la tromperie, à une confiance aveugle, à la manipulation et à un brouillage des responsabilités. Une simple discipline linguistique — utiliser « systèmes d'IA » au lieu de « l'IA » — constitue un correctif constant qui maintient au premier plan la nature d'outil de la technologie.