Selon les données communiquées par l’entreprise, plus de 1 400 projets ont été réalisés dans plus de 40 pays et les marchés étrangers représentent désormais plus de 75 % de son chiffre d’affaires . Geek+ a ouvert en 2022 un siège britannique et un centre d’innovation robotique à Sci-Tech Daresbury. Au moins 30 salariés y sont employés .
L’entreprise bénéficie aussi d’un marché encore loin d’être entièrement automatisé : de nombreux entrepôts britanniques en sont toujours aux premières étapes de leur transformation technologique . Son partenaire britannique MotionTech affirme avoir déployé plus de 2 000 robots sur dix sites .
La première explication tient à la pénurie persistante de main-d’œuvre. Le rapport 2026 de Skills England indique que plus d’un quart des offres d’emploi sont difficiles à pourvoir en raison d’un manque de compétences . Le secteur de la logistique a aussi perdu, selon une estimation citée dans les sources, environ 125 000 travailleurs européens après le Brexit .
Les entreprises doivent par ailleurs composer avec la hausse de leurs coûts. L’augmentation des cotisations patronales d’assurance nationale — l’équivalent britannique des charges sociales — a encore renforcé l’intérêt financier de l’automatisation pour certains employeurs . Les robots peuvent prendre en charge les déplacements répétitifs, le stockage et une partie de la préparation des commandes, tout en permettant de répondre à la demande de livraisons rapides.
Le problème britannique n’est pas seulement le manque de personnel : c’est aussi la diffusion relativement lente des technologies dans les entreprises. Les analyses de l’OCDE mettent en avant des difficultés persistantes en matière de diffusion technologique, d’efficacité et d’écarts de productivité entre entreprises .
Autrement dit, le Royaume-Uni dispose d’un important potentiel de rattrapage. Une évaluation du gouvernement britannique, s’appuyant sur des estimations de l’OCDE, estime que l’intelligence artificielle pourrait ajouter entre 0,4 et 1,2 point de pourcentage à la croissance annuelle de la productivité du travail au cours de la prochaine décennie — à condition que son adoption progresse réellement .
Pour les fournisseurs comme Geek+, cette combinaison — entrepôts encore peu automatisés, pénurie de personnel et pression sur les délais de livraison — crée un vaste marché. Les clients recherchent des solutions pouvant être installées rapidement, avec une capacité élevée de stockage et de préparation des commandes .
Les organisations syndicales britanniques ne contestent pas nécessairement le progrès technique, mais elles demandent que ses conséquences sur l’emploi et les conditions de travail soient négociées.
L’enjeu est donc de savoir si la robotisation augmentera les compétences et la productivité des employés restants, ou si elle servira principalement à réduire les effectifs et à intensifier le contrôle du travail.
Le 28 juillet 2026, l’administration Trump, par l’intermédiaire de la Federal Communications Commission (FCC), a interdit les importations de nouveaux robots chinois humanoïdes et quadrupèdes. Ces équipements ont été ajoutés à la « Covered List », qui recense les technologies considérées comme présentant un risque inacceptable pour la sécurité nationale américaine . La mesure concerne également certains onduleurs électriques chinois et vise notamment les risques de cybersécurité ainsi que la relocalisation de capacités industrielles liées à la robotique avancée .
Cette décision ne vise toutefois pas directement l’activité actuelle de Geek+ au Royaume-Uni. Les robots concernés sont des machines humanoïdes ou à quatre pattes, tandis que l’entreprise fournit principalement des robots mobiles autonomes sur roues et des systèmes de stockage et de préparation de commandes. Le cœur de son offre britannique n’est donc pas couvert par cette interdiction .
La situation met néanmoins en évidence un contraste entre Washington et Londres. Les États-Unis renforcent les restrictions visant les technologies chinoises considérées comme stratégiques, tandis que le Royaume-Uni continue d’autoriser le déploiement de robots chinois dans des secteurs essentiels de la distribution et de la logistique.
Pour Geek+, cette différence peut rendre le Royaume-Uni et, plus largement, la région EMEA — Europe, Moyen-Orient et Afrique — encore plus importants. L’entreprise dispose déjà de son plus grand marché européen au Royaume-Uni . Mais l’interdiction américaine rappelle aussi que les entreprises chinoises de robotique font face à un risque croissant de restrictions à l’exportation.
Les autorités américaines ont justifié leur décision par la possibilité que des robots connectés servent à la surveillance, à l’extraction de données ou à des cyberattaques visant des infrastructures critiques . La mesure s’inscrit dans une campagne plus large de limitation de l’accès aux technologies chinoises avancées, après l’ajout d’équipements de télécommunications et de drones chinois à la même liste .
À court terme, la demande britannique semble solide : les entrepôts cherchent à absorber la croissance du commerce en ligne, à réduire leur dépendance à une main-d’œuvre difficile à recruter et à améliorer leur productivité. Mais l’expansion de Geek+ ne se résume pas à une histoire de gains d’efficacité.
Elle pose aussi trois questions de fond : qui bénéficiera des gains de productivité, quelles garanties seront accordées aux salariés et jusqu’où les entreprises européennes accepteront-elles de dépendre de fournisseurs chinois dans un secteur de plus en plus lié à la sécurité économique et technologique ?