Stocks certifiés ICE à des plus bas historiques. Les stocks certifiés ICE d’arabica dans les entrepôts sont tombés à environ 396 000 sacs, soit moins de la moitié des 859 389 sacs détenus un an plus tôt . L’Organisation internationale du café (OIC) confirme cette baisse, rapportant une chute de 13,5 % à 0,48 million de sacs en mai 2026
. Ces stocks ultra-faibles privent le marché de tout volant de sécurité en cas de nouveau choc d’offre.
Risque de gel. Un front froid traversant les États du sud du Brésil a ravivé les craintes de gel, ajoutant une couche d’incertitude et soutenant les cours .
Au total, la hausse du café est une illustration parfaite de la manière dont l’épuisement des stocks amplifie l’impact, même modeste, des aléas climatiques et des perturbations de récolte.
Les prix du sucre grimpent sous l’effet de facteurs tout aussi puissants :
L’interdiction brutale des exportations indiennes. Le 13 mai 2026, l’Inde a imposé une interdiction immédiate des exportations de sucre brut, blanc et raffiné, valable jusqu’au 30 septembre ou jusqu’à nouvel ordre . La Direction générale du commerce extérieur a fait passer le sucre de la catégorie « restreinte » à « interdite »
. Un revirement spectaculaire : une semaine plus tôt, des sources gouvernementales affirmaient que l’Inde n’avait pas l’intention de limiter ses exportations malgré une baisse de production, car une demande plus faible compensait la perte
.
L’Inde est le deuxième producteur mondial de sucre après le Brésil. Cet embargo retire une source majeure d’offre mondiale . Seules les exportations limitées vers l’UE et les États-Unis dans le cadre de contingents, ainsi que les cargaisons déjà en cours de chargement avant le 13 mai, sont exemptées
.
Production intérieure et craintes liées à El Niño. L’interdiction est motivée par l’inquiétude face à une production locale plus faible, des rendements de canne décevants dans des États-clés comme l’Uttar Pradesh et le Maharashtra, et des prévisions de mousson déficitaires . L’émergence possible d’El Niño est explicitement citée comme un facteur susceptible d’affecter la production agricole future de l’Inde
. Les précipitations cumulées de la mousson en juin 2026 sont inférieures de 42 % à la normale — le niveau le plus bas en 11 ans
.
L’arbitrage éthanol au Brésil. Le gouvernement brésilien a confirmé l’augmentation du taux d’incorporation obligatoire d’éthanol dans l’essence, de 30 % à 32 % . Dans la région Centre-Sud, les usines ont alloué 58,38 % de la canne à l’éthanol au début de la campagne 2026/27, contre 49,9 % l’année précédente, réduisant d’autant la part disponible pour le sucre
. Green Pool a relevé ses prévisions de déficit mondial en sucre pour 2026/27 à 4,3 millions de tonnes, contre 1,66 million, citant la hausse des prix du pétrole qui incite les usines à orienter la canne vers l’éthanol
. StoneX prévoit un déficit mondial de 550 000 tonnes en 2026/27, un contraste marqué avec l’excédent de la campagne précédente
.
Menace El Niño sur les producteurs asiatiques. Un épisode El Niño risque de réduire les précipitations non seulement au Brésil et en Inde, mais aussi en Thaïlande, troisième région productrice de sucre au monde, ce qui ajoute aux craintes sur l’offre .
Les deux marchés ne sont pas isolés. Ils s’amplifient l’un l’autre par des vulnérabilités communes :
Des stocks bas qui amplifient chaque choc. Avec des stocks ICE de café à environ 396 000 sacs — un plus bas de 2,25 ans — le marché n’a quasiment aucun matelas pour absorber la prochaine perturbation . La même logique vaut pour le sucre, dont les réserves mondiales ont été entamées par trois années de déficits de production cumulés
.
Le Brésil au cœur du scénario. Les régions caféicoles brésiliennes sont centrales dans les inquiétudes météorologiques sur l’arabica. Mais le Brésil est aussi le premier exportateur mondial de sucre. Lorsque la canne brésilienne part vers l’éthanol plutôt que vers le sucre, l’offre mondiale se resserre au moment même où le café est déjà sous pression .
L’embargo indien supprime une soupape de sécurité. En tant que deuxième producteur de sucre, le retrait de l’Inde du marché exportateur supprime une source d’approvisionnement cruciale, alors que les risques climatiques et de production intérieure augmentent . Cet embargo pourrait pousser les acheteurs internationaux à se disputer plus âprement les sucres brésilien et thaïlandais.
Les positions spéculatives accélèrent les mouvements. Pour le café arabica, la conjugaison des inquiétudes sur la récolte, du risque El Niño, de la baisse des stocks certifiés et des rachats de positions vendeuses (short-covering) a provoqué des hausses inhabituellement brutales . Pour le sucre, les spéculateurs avaient accru leurs positions vendeuses nettes à des niveaux proches des records avant que les prix ne repartent à la hausse
, signe que le marché n’a pas encore pleinement intégré le resserrement.
La flambée des contrats à terme sur le café arabica et le sucre n’est pas due à une cause unique. C’est le produit d’un système d’approvisionnement mondial fragile où le risque météorologique El Niño, l’épuisement des stocks, les revirements politiques et l’évolution des marchés de l’énergie tirent tous dans le même sens. Le marché a perdu ses amortisseurs habituels, ce qui signifie que des perturbations même modestes peuvent provoquer des variations de prix disproportionnées.
Pour les traders et les analystes, la variable clé à surveiller est la concrétisation des prochaines récoltes brésiliennes de café et de sucre, et la question de savoir si l’Inde prolongera son embargo au-delà du 30 septembre. Si l’une ou l’autre de ces soupapes de sécurité venait à céder, les craintes actuelles pourraient se transformer en un véritable déficit structurel.