Pour l'Indonésie et la Turquie, cela s'est traduit par une dégradation de leur note sur le critère « flux d'informations » (Information Flow), l'un des 18 indicateurs d'accessibilité des marchés, qui est passé de positif (+) à négatif (-) . Les griefs sont quasi identiques : des structures d'actionnariat opaques empêchant les investisseurs d'évaluer le flottant réel, et des signes de comportements de trading coordonné qui nuisent à la formation des prix
.
L'avertissement et ses conséquences immédiates
Tout a commencé le 28 janvier 2026, lorsque MSCI a adressé un avertissement sévère à l'Indonésie, la menaçant d'une rétrogradation du statut de « marché émergent » à celui de « marché frontière ». Simultanément, MSCI a imposé un gel immédiat de tous les ajouts d'actions, des migrations vers des segments de taille supérieure et des augmentations du facteur d'inclusion étrangère (FIF) pour les titres indonésiens . Ce gel est resté en vigueur pendant toute la période d'examen jusqu'en juin
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La réaction du marché a été brutale. L'indice de référence Jakarta Composite Index (JCI) a chuté de 7,4 % le 28 janvier et de 8 % supplémentaires le 29 janvier, provoquant une suspension des cotations . En deux jours, environ 80 milliards de dollars de capitalisation boursière se sont évaporés
. L'érosion a été encore plus sévère sur la durée : l'Indonésie a perdu environ 370 milliards de dollars de valeur boursière, devenant ainsi le plus mauvais marché boursier majeur au monde en 2026
.
Les répercussions politiques et réglementaires ont été immédiates. Le PDG de la Bourse d'Indonésie (IDX) a démissionné fin janvier, suivi d'un remaniement plus large au sein de l'Autorité des services financiers (OJK) .
Le risque de fuite de 13 milliards de dollars
Les chiffres avancés par Goldman Sachs étaient sans appel : si MSCI confirmait un déclassement, les sorties de fonds passifs pourraient atteindre 13 milliards de dollars . Goldman a réduit la pondération des actions indonésiennes à « sous-pondérer », imité par HSBC et UBS
. Ce chiffre de 13 milliards a été cité à de multiples reprises par les analystes, soulignant que les fonds indiciels suivant les benchmarks de MSCI n'auraient d'autre choix que de vendre leurs titres indonésiens en cas de reclassification
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Ce que MSCI a spécifiquement reproché
Le cœur de la plainte de MSCI concerne les données de PT Kustodian Sentral Efek Indonesia (KSEI), le dépositaire central de titres. Les investisseurs ont signalé que les données sur la propriété effective et les participations étaient peu fiables . MSCI a noté que, malgré des améliorations mineures du flux de données sur le flottant de l'IDX, « des problèmes fondamentaux d'investissabilité persistent en raison de l'opacité continue des structures d'actionnariat et des inquiétudes concernant d'éventuels comportements de négociation coordonnée qui nuisent à la formation des prix »
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Les réformes et l'échéance de novembre 2026
Les autorités indonésiennes ont tenté de réagir en annonçant une série d'initiatives visant à améliorer la transparence des participations et la fiabilité des données de KSEI . En avril 2026, MSCI a prolongé son délai d'examen jusqu'en juin pour évaluer ces réformes
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Le 23 juin 2026, MSCI a accordé un sursis à l'Indonésie, mais seulement temporaire. La décision sur un éventuel déclassement a été repoussée à novembre 2026, laissant à Jakarta cinq mois supplémentaires pour démontrer des progrès crédibles. Si les réformes sont jugées insuffisantes, MSCI lancera une consultation officielle en vue d'un déclassement de l'Indonésie au statut de marché frontière .
L'avertissement
La situation de la Turquie est similaire à celle de l'Indonésie sur plusieurs points, mais ne s'est pas encore aggravée au même point. MSCI a dégradé la note de la Turquie sur le critère « flux d'informations », invoquant les mêmes préoccupations : opacité des structures de propriété et activité de trading coordonné .
Le langage de MSCI était précis : « Les investisseurs institutionnels internationaux ont signalé des occurrences récurrentes de ce qui pourrait être perçu comme des activités de négociation coordonnée liées à des investissements de fonds étroitement liés à des sociétés cotées spécifiques de petite taille » .
Différences clés avec l'Indonésie
Point crucial, la Turquie n'a pas subi les mêmes conséquences immédiates que l'Indonésie. Il n'y a pas eu de gel des ajouts aux indices, ni de menace de déclassement immédiat, ni d'avertissement sur des sorties de capitaux spécifiques. MSCI a reconnu que les préoccupations concernant la Turquie en étaient à un stade moins avancé .
Cependant, l'avertissement était clair : MSCI allait surveiller la situation. Les autorités turques ont annoncé des mesures pour améliorer la transparence des structures d'actionnariat et répondre aux inquiétudes concernant le trading coordonné .
L'échéance de novembre 2026
Comme l'Indonésie, la Turquie a jusqu'à l'examen des indices de novembre 2026 pour démontrer des progrès significatifs. Si des améliorations crédibles ne sont pas constatées, MSCI ouvrira une consultation sur le traitement futur des actions turques dans ses indices .
L'Indonésie et la Turquie font donc face à une échéance cruciale en novembre 2026. Les conséquences d'un échec diffèrent : pour l'Indonésie, le risque est une reclassification du statut de marché émergent à celui de marché frontière, ce qui entraînerait des sorties massives de fonds passifs et une érosion de la confiance des investisseurs. Pour la Turquie, une éventuelle reclassification est moins claire, mais pourrait impliquer un passage au statut « autonome » ou à un échelon de classification inférieur .
L'impact de ces décisions dépasse les deux pays. Les décisions de MSCI seront scrutées de près par les investisseurs sur d'autres marchés émergents et frontières, car elles signalent la volonté du fournisseur d'indices d'agir sur les questions de transparence.
Pour l'heure, le compte à rebours est lancé. L'Indonésie et la Turquie ont jusqu'en novembre pour prouver qu'elles peuvent assainir leurs marchés. Si ce n'est pas le cas, les conséquences pour leurs économies, leurs bourses et leur réputation auprès des investisseurs mondiaux pourraient être sévères.