L’accord Rapidus–UKSC ne tombe pas du ciel : il s’inscrit dans un partenariat économique et technologique de grande ampleur, officialisé le même jour par les deux gouvernements. Ce paquet, évalué à plus de 18 milliards de livres sterling (environ 24 milliards de dollars), couvre des domaines aussi variés que l’intelligence artificielle, les technologies nucléaires, la défense, les énergies renouvelables et les services financiers .
Parallèlement, les deux exécutifs ont signé une déclaration conjointe sur la coopération en matière de sécurité économique, visant notamment à sécuriser les approvisionnements en énergie et en minéraux critiques, dans un contexte de tensions sur les chaînes d’approvisionnement mondiales . Le MoU Rapidus–UKSC constitue le volet « semi-conducteurs avancés » de cette architecture bilatérale, reliant directement l’écosystème britannique au programme public-privé japonais de relance de la production de puces.
Le 8 juin 2026, six jours seulement avant la signature de l’accord, le gouvernement Starmer dévoilait son très attendu AI Hardware Plan, doté d’une enveloppe de 1,1 milliard de livres sterling de fonds publics et privés . Ce plan vise quatre objectifs :
Le plan prévoit notamment 750 millions de livres pour un nouveau supercalculateur national dédié à l’IA, 120 millions pour un programme d’innovation en matériel d’IA, 45 millions pour la formation et jusqu’à 150 millions de livres de la British Business Bank pour abonder un fonds d’investissement en capital-risque .
Le protocole avec Rapidus répond directement à la brique « partenariats internationaux » de cette stratégie. En offrant une voie d’accès à la capacité de production 2 nm de Rapidus, le Royaume-Uni donne à ses startups et PME spécialisées dans la conception de puces IA une solution concrète pour industrialiser leurs prototypes, sans dépendre exclusivement des géants taïwanais ou sud-coréens .
Pour mesurer la portée de l’accord, il faut comprendre où en est exactement le projet Rapidus, lancé en 2022 avec le soutien de huit grands groupes japonais (Toyota, Sony, NTT, NEC, SoftBank, MUFG, etc.) :
La signature avec le UKSC intervient donc à un moment où Rapidus cherche à élargir son portefeuille de clients au-delà de ses premiers partenaires américains (IBM et Tenstorrent) .
Le protocole britannique s’inscrit dans une campagne d’acquisition de clients menée par Rapidus sur plusieurs continents :
La cible prioritaire reste les entreprises fabless américaines, IBM et Tenstorrent figurant en tête de liste des prospects, mais l’accord britannique élargit sensiblement le vivier potentiel en direction des concepteurs de puces IA du Vieux Continent .
Le Royaume-Uni dispose d’une filière de conception de puces reconnue, avec des pôles autour de Cambridge, Bristol et Londres. Mais aucune usine britannique n’est capable de produire des puces en dessous du nœud 7 nm. Le UKSC qualifie cette lacune de « chaînon manquant critique ». L’accord avec Rapidus constitue donc le principal mécanisme trouvé par le gouvernement britannique pour « faire le pont » entre l’écosystème de conception national et une capacité réelle de fabrication en 2 nm .
Cette logique fait écho à la philosophie même du AI Hardware Plan, qui prévoit par exemple une enveloppe de 150 millions de livres sterling pour l’achat anticipé de puces de nouvelle génération auprès de startups britanniques innovantes, l’État jouant le rôle de premier client de référence . Avec un chemin d’accès sécurisé vers la production Rapidus, ces mêmes startups peuvent désormais envisager une industrialisation de leurs designs sans dépendre d’une seule source d’approvisionnement asiatique.
En définitive, le MoU Rapidus–UKSC, bien que modeste dans sa forme (il ne s’agit « que » d’un engagement à explorer des collaborations futures), symbolise une étape clé dans la réarticulation des chaînes de valeur mondiales des semi-conducteurs. Pour le Royaume-Uni, il offre une carte à jouer dans la compétition pour la souveraineté technologique. Pour Rapidus, il représente une porte d’entrée supplémentaire sur un marché européen en quête d’alternatives crédibles face aux géants historiques du secteur.