En contraste frappant avec cette tendance, Iyogin Holdings — la banque régionale japonaise affichant le meilleur historique récent en matière de trading obligataire — a commencé à acheter des JGB super-longues.
Cette divergence révèle un marché obligataire japonais profondément fracturé. Les deux camps — vendeurs étrangers et acheteurs domestiques — réagissent à la même toile de fond, mais avec des perspectives radicalement différentes.
La frustration des investisseurs étrangers s’explique aussi par le rythme très progressif de la BoJ. L’inflation sous-jacente atteint 2,8 % et la croissance du PIB au premier trimestre a été résiliente , mais la banque centrale n’a augmenté ses taux que par petites touches depuis zéro. Ceux qui anticipaient une normalisation plus rapide ont été pris à contre-pied par la flambée des rendements longs. De plus, l’ombre de la dette publique colossale du Japon et les projets de dépenses de la Première ministre Sanae Takaichi créent une incertitude politique sur la capacité de la BoJ à maintenir son cap
.
En résumé, la vente massive des uns et l’achat mesuré des autres sont les deux faces d’une même médaille : une profonde incertitude sur le point d’arrivée de la normalisation monétaire japonaise. Les gestionnaires étrangers réduisent le risque de convexité sur les maturités longues ; les banques domestiques, adossées à une collecte de dépôts abondante et sans besoin de couverture de change, entrent prudemment sur des niveaux de rendement qu’elles n’avaient pas vus depuis une génération. Aucun des deux camps ne fait un pari directionnel massif, reflétant un marché qui cherche encore ses repères.