La Secrétaire d’État au Numérique, Liz Kendall, avait évoqué deux options principales : une interdiction totale ou bien des restrictions ciblées sur certaines fonctionnalités. Le gouvernement a opté pour une voie médiane, qui consiste à bloquer l’accès aux plateformes à haut risque tout en laissant disponibles les services plus sûrs . L’approche est qualifiée de « Australia-plus » parce qu’elle ajoute une responsabilité pénale pour les dirigeants de la Tech, une mesure qui va bien au-delà des sanctions civiles prévues par le modèle australien
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La politique est passée de la consultation à l’action imminente en franchissant une série d’étapes décisives :
L’interdiction ne s’appliquera pas à tous les services de réseaux sociaux. Elle cible spécifiquement les plateformes dont les fonctions principales créent un environnement à haut risque pour les jeunes utilisateurs. Selon des sources proches du gouvernement, les restrictions s’appliqueront aux applications où le fil d’actualité piloté par algorithme constitue l’attrait principal .
Plateformes probablement visées :
Les services qui s’appuient sur des recommandations algorithmiques, la découverte de contenu public ou la messagerie privée avec des inconnus devraient être classés comme à haut risque. Les chefs de la police britannique ont également spécifiquement appelé à restreindre les plateformes permettant le contact avec des personnes inconnues, recommandant du contenu nuisible ou permettant le partage d’images dénudées .
Qu’en est-il des autres services ?
Les plateformes considérées comme moins risquées – comme les applications de messagerie basiques sans fil algorithmique, ou les plateformes purement éducatives – seront probablement exemptées. C’est le régulateur du numérique, l’Ofcom, qui établira la liste finale des plateformes soumises à restriction .
Par ailleurs, une interdiction pure et simple des chatbots d’IA à caractère romantique ou sexuel pour les moins de 18 ans sera incluse dans le dispositif .
Faire respecter l’interdiction dépend de la capacité à prouver l’âge d’un utilisateur sans créer de problèmes majeurs de vie privée. Le Royaume-Uni dispose déjà d’un cadre législatif pour cela, avec la loi sur la sécurité en ligne (Online Safety Act), en vertu de laquelle l’Ofcom a défini ce qu’elle appelle une garantie d’âge hautement efficace (Highly Effective Age Assurance, HEAA). Ces méthodes seront adaptées à l’interdiction des réseaux sociaux .
C’est la technologie phare. Les utilisateurs prennent un selfie en direct, et une IA estime leur âge en analysant les traits du visage. Fait crucial, l’Ofcom a précisé que les plateformes doivent confirmer l’âge « sans collecter ni stocker de données personnelles, sauf si cela est absolument nécessaire » – l’image complète n’est pas sauvegardée, et aucune identité n’est enregistrée . Cependant, la directrice générale de l’Ofcom elle-même, Dame Melanie Dawes, a déjà exprimé des doutes sur la fiabilité de la technologie pour les jeunes adolescents, notant qu’elle a plus de difficultés à estimer l’âge autour de la tranche 13-16 ans
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Les utilisateurs devraient télécharger une pièce d’identité officielle, comme un passeport ou un permis de conduire. Cette méthode est très fiable mais soulève davantage de problèmes de confidentialité car elle identifie directement la personne. Les critiques soutiennent que cela revient à forcer tous les utilisateurs – y compris les adultes – à fournir des documents sensibles pour utiliser les réseaux sociaux .
L’utilisation des coordonnées de carte de paiement comme indicateur de l’âge est déjà une méthode approuvée pour les sites de contenu pour adultes au Royaume-Uni. Elle vérifie que l’utilisateur est en âge de détenir une carte bancaire, bien qu’elle ne soit pas toujours pratique pour les familles où les adolescents ont accès à la carte d’un parent .
Le gouvernement a également exploré la possibilité d’exiger d’Apple, Google et autres fabricants d’appareils qu’ils vérifient l’âge au niveau du système d’exploitation ou de la boutique d’applications. Cela empêcherait purement et simplement l’installation d’applications de réseaux sociaux si l’utilisateur principal de l’appareil a moins de 16 ans, offrant une solution potentiellement plus transparente – mais tout aussi intrusive pour la vie privée .
La volonté de vérifier l’âge a déclenché un débat houleux parmi les groupes de défense des droits numériques, les associations de protection de l’enfance et les gouvernements étrangers.
Les organisations de défense des libertés publiques préviennent que cette interdiction revient à construire un système de vérification d’âge de masse pour l’ensemble d’Internet. L’Open Rights Group (ORG) affirme que le contrôle de l’âge à une telle échelle contraindrait des millions d’adultes à prouver leur âge, créant de « graves risques pour la vie privée, la protection des données et la liberté d’expression » . L’Electronic Frontier Foundation (EFF) a qualifié ces mesures de « menace mondiale croissante », en faisant valoir qu’il n’existe pas de méthode de vérification de l’âge réellement efficace et respectueuse de la vie privée
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Les associations de protection de l’enfance sont divisées sur la question. La Fondation Molly Rose a averti qu’une interdiction précipitée pourrait « se déliter », laissant les familles avec un faux sentiment de sécurité à cause d’une technologie mal mise en œuvre . La NSPCC, Childnet et la Fondation 5Rights se sont toutes opposées aux interdictions totales, arguant qu’elles pourraient « conduire les enfants vers les recoins non réglementés d’Internet » et les couper de réseaux de soutien vitaux
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L’applicabilité reste un point d’interrogation majeur. Les détracteurs soulignent que des adolescents déterminés peuvent utiliser des VPN, emprunter l’appareil d’un ami plus âgé ou simplement migrer vers des plateformes non concernées par l’interdiction. La technologie d’estimation faciale de l’âge n’est pas parfaitement précise à la limite des 16 ans, créant des risques à la fois de faux refus pour les adolescents plus âgés et de fausses approbations pour les plus jeunes .
Des pressions internationales ont également fait surface. La Maison Blanche a officiellement exhorté le Royaume-Uni à ne pas aller de l’avant, arguant que l’interdiction ferait peser un « fardeau inégal sur les entreprises technologiques américaines » et qu’il était « peu probable que les mesures techniques pour faire respecter les restrictions d’âge pour les 13-16 ans soient efficaces » .
L’interdiction australienne est entrée en vigueur le 10 décembre 2025, devenant ainsi la première restriction complète des réseaux sociaux pour les mineurs au monde. Au cours des deux premiers jours seulement, plus de 4,7 millions de comptes détenus par des moins de 16 ans ont été désactivés sur des plateformes comme Instagram, TikTok et Snapchat .
Voici comment les deux approches se comparent :
| Caractéristique | Royaume-Uni (prévu) | Australie (en vigueur) |
|---|---|---|
| Âge seuil | Moins de 16 ans | Moins de 16 ans |
| Portée | Ciblée : plateformes à haut risque uniquement (ex : TikTok, Instagram) | Large : tous les grands réseaux sociaux (10 plateformes, dont YouTube, X, Reddit) |
| Organisme de contrôle | Ofcom (sanctions pénales possibles) | Commissaire à la sécurité en ligne (eSafety Commissioner, sanctions civiles) |
| Sanctions | Responsabilité pénale pour les dirigeants technologiques | Amendes jusqu’à 49,5 millions de dollars australiens pour les plateformes |
| Exemptions | Probables pour les messageries à faible risque et plateformes éducatives | Aucune exemption par type de plateforme |
| Vérification d’âge | Estimation faciale, pièce d’identité avec photo, carte bancaire, possible vérification au niveau de l’appareil | Les plateformes doivent prendre des « mesures raisonnables » (méthode non prescrite) |
Différences clés : L’interdiction australienne a une portée plus large – elle bloque simplement les moins de 16 ans de toutes les plateformes désignées. L’approche britannique est plus chirurgicale, visant à couper les flux algorithmiques nocifs tout en préservant les services plus sûrs. Cependant, la menace de sanctions pénales au Royaume-Uni – qui pourraient inclure des peines de prison pour les cadres dirigeants – représente une escalade significative dans la manière dont les gouvernements peuvent faire pression sur les entreprises technologiques, au-delà des simples pénalités financières .
La route vers la mise en œuvre reste complexe. Après l’annonce imminente, l’Ofcom devra désigner formellement les plateformes « à haut risque » et publier des codes de conformité détaillés. Le gouvernement s’est engagé à ce que les réglementations soient en vigueur d’ici la fin de l’année 2026, mais une application complète pour toutes les plateformes désignées est attendue pour être progressivement mise en place jusqu’en 2027 .
Alors que le Royaume-Uni étudie l’expérience concrète de l’Australie – où des millions de comptes ont été supprimés quelques jours après l’entrée en vigueur de l’interdiction –, le débat sur la question de savoir si la prohibition protège réellement les enfants ou ne fait que repousser le risque ailleurs continuera de façonner les derniers détails de cette politique .