La participation de Sam Altman, Demis Hassabis et Dario Amodei au 52e sommet du G7 marque une rupture avec les usages. Si les dirigeants de la tech ont souvent fait du lobbying auprès des gouvernements ou participé à des retraites politiques exclusives, un engagement direct aux côtés des chefs d’État des principales puissances économiques est inédit. Les entreprises ont confirmé leur présence à l’événement, un porte-parole d’OpenAI précisant même que son PDG, invité par Emmanuel Macron, devrait prendre part aux discussions au niveau des dirigeants .
Il ne s’agit pas d’un salon professionnel. Ces sociétés, qui se livrent une concurrence acharnée pour les talents et les parts de marché, affichent un front commun rarissime sur un sujet crucial : la nécessité d’une gouvernance prévisible et coordonnée des systèmes d’IA de pointe. Le message de l’industrie est limpide : un patchwork fragmenté de lois nationales représente un risque bien plus grand qu’un corpus de règles multilatérales bien conçu .
L’invitation de ces trois patrons est l’élément le plus visible d’une stratégie plus vaste visant à utiliser la présidence française du G7 pour ancrer une approche européenne de la gouvernance de l’IA. L’objectif est d’écrire les règles avant qu’elles ne soient dictées par Washington ou Pékin. Les priorités de la France pour le volet numérique incluent la sécurité de l’IA, la protection de l’enfance en ligne, la gouvernance des données et l’infrastructure cloud .
En amont du sommet, les ministres du G7 ont tenu une réunion à Paris spécifiquement dédiée à la protection des enfants en ligne et à l’impact énergétique de l’IA, signalant que les échanges des dirigeants à Évian pourraient déboucher sur des déclarations politiques concrètes . Chris Lehane, directeur des affaires publiques mondiales d’OpenAI, a indiqué que la priorité absolue de Sam Altman pour ce sommet serait la sécurité des enfants et des jeunes face à l’IA
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En plaçant l’IA au cœur de l’agenda, aux côtés des priorités géopolitiques traditionnelles, Emmanuel Macron tente d’institutionnaliser la présence des leaders de la tech dans les futures délibérations du G7, esquissant un modèle d’engagement durable.
Si la venue des ténors de l’IA fait la une, les sessions sur l’intelligence artificielle s’inscrivent dans un ordre du jour dense dominé par la géopolitique. Les priorités politiques de la France pour ce sommet visent à réduire les déséquilibres économiques mondiaux, mais la discussion la plus urgente portera sans doute sur la fin de la guerre de la Russie en Ukraine, considérée comme la priorité absolue des dirigeants .
Voici les autres dossiers cruciaux au programme :
OpenAI, Google DeepMind et Anthropic sont en compétition frontale, et leurs philosophies d’entreprise divergentes — privilégiant la sécurité ou la course à l’échelle — sont bien documentées. Que ces trois dirigeants aient accepté de se montrer ensemble souligne la gravité que les industriels accordent au moment réglementaire actuel. Cette présence conjointe signale une reconnaissance : la fenêtre pour influencer l’architecture émergente de la gouvernance mondiale de l’IA est étroite, et une approche coordonnée est stratégiquement préférable à des mesures de rétorsion unilatérales des États ou à des normes internationales contradictoires .
Emmanuel Macron a également élargi la conversation au-delà des seuls membres du G7. Il a invité les dirigeants de l’Inde, du Brésil, du Kenya et de la Corée du Sud à participer aux six sessions du sommet, les présentant comme des partenaires démocratiques clés dans un effort plus large pour corriger les déséquilibres économiques mondiaux et bâtir des chaînes d’approvisionnement résilientes . L’Inde est décrite par des sources diplomatiques françaises comme un « partenaire prioritaire », et la venue du Premier ministre Narendra Modi marquera la 13e participation de son pays au G7
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Un grand absent est à noter : la Chine. L’Élysée a confirmé que Pékin n’avait pas été invité, conformément à la vision de Macron d’un G7 agissant comme un bloc de coopération internationale résiliente face à l’influence économique croissante de la Chine . La participation de nations du Sud global, comme le Brésil et le Kenya, traduit une volonté de rendre les discussions sur la gouvernance de l’IA et le financement du développement plus représentatives, tout en maintenant une ligne de fracture géopolitique très nette avec Pékin.