La crise des budgets régionaux n'est pas un simple écho des folies budgétaires de l'État central. Elle obéit à une logique propre, particulièrement alarmante. En Russie, les gouvernements régionaux sont très dépendants de l'impôt sur les bénéfices des sociétés. Or, sous le poids des sanctions internationales, des pénuries de main-d'œuvre et des taux d'intérêt élevés, l'économie ralentit et les bénéfices des entreprises s'effondrent, privant directement les régions de leur principale source de revenus . Le ministre des Finances, Anton Siluanov, a lui-même identifié cette chute des bénéfices comme la cause principale du creusement des déficits régionaux
. En 2025, les recettes de cet impôt ont chuté de 8,5 %
, tandis que les dépenses des régions continuaient d'augmenter pour soutenir l'effort de guerre et les obligations sociales.
L'érosion des revenus tirés du pétrole et du gaz aggrave encore la situation. Ces taxes, qui représentaient autrefois près de 40 % des recettes du budget fédéral, n'en constituaient plus que 25 % environ durant les trois premiers trimestres de 2025, comprimées par la baisse des cours mondiaux et le resserrement des sanctions occidentales . Ce changement structurel oblige le budget à dépendre davantage de recettes non pétrolières, alors même que l'économie dans son ensemble donne des signes d'essoufflement. Plus de 75 % des revenus fédéraux provenant désormais d'autres sources que le pétrole et le gaz, tout ralentissement de l'activité économique se traduit immédiatement par une baisse des rentrées fiscales
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Pour stabiliser les finances publiques sans rogner sur le budget de la défense, Moscou a dégainé une série de mesures politiquement douloureuses.
Effacement des dettes régionales. Le président Vladimir Poutine a ordonné que les deux tiers des dettes des régions envers l'État fédéral soient purement et simplement annulés. Cette opération colossale porte sur plus de 1 000 milliards de roubles de prêts et concerne 79 des 83 sujets de la Fédération de Russie . En échange de ce « cadeau », les fonds ainsi libérés doivent être orientés vers des projets d'investissement et d'infrastructures, même si une bonne partie compense en réalité les sommes déjà dépensées par les régions pour l'« opération militaire spéciale »
. Le Premier ministre Mikhaïl Michoustine met en œuvre cet effacement par tranches, comme en juin 2026 avec l'annulation de 37,5 milliards de roubles pour six régions
. Le tiers restant de la dette a simplement vu son remboursement repoussé
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La potion amère des hausses d'impôts. Le gouvernement a déjà actionné le levier fiscal le plus puissant en augmentant la Taxe sur la Valeur Ajoutée (TVA). Des discussions, rapportées par Reuters, ont évoqué un passage du taux de 20 % à 22 % pour contenir le déficit . Cette augmentation devrait rapporter 1 700 milliards de roubles supplémentaires, une somme qui ne couvre pourtant même pas la moitié du déficit annuel prévu
. Dans une démarche plus autoritaire, le Service fédéral des impôts a transmis aux gouverneurs régionaux une liste de mesures pour renflouer leurs caisses, balayant la promesse de Poutine de ne pas créer de nouveaux impôts avant 2030
. Il leur est conseillé de taxer davantage de biens immobiliers à leur valeur de marché, d'augmenter au maximum les taxes sur les véhicules et de reclassifier des terrains pour les taxer jusqu'à plusieurs fois le taux actuel
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L'austérité se profile. Le gouvernement fédéral prépare un plan d'austérité formel qui visera les dépenses hors défense et hors social, signe que l'ère des largesses budgétaires est terminée . Le symbole le plus parlant de cette nouvelle réalité vient de Moscou même. La capitale, région la plus riche du pays, a décidé de tailler dans son vaste programme d'investissement pour la première fois depuis la pandémie de Covid-19, reflétant l'aggravation de la tension budgétaire
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Le Kremlin n'est pas encore à court d'options. Il peut encore puiser dans une réserve nationale d'environ 11 000 milliards de roubles et emprunter à des conditions favorables auprès d'un système bancaire taillé pour absorber la dette publique . Mais l'architecture financière qui a porté la Russie durant les trois premières années de guerre s'érode dangereusement. Les mesures prises – annulation massive de dettes, hausses d'impôts agressives et austérité programmée – ne sont plus de simples ajustements techniques. Elles signent la reconfiguration profonde et durable de l'État russe au service d'une seule et unique priorité, dévorant tout le reste.