Le signal est venu d’Asie où le KOSPI sud-coréen a dévissé de près de 9 %, obligeant les autorités à suspendre temporairement les cotations pour stopper l’hémorragie . Le Nikkei 225 japonais a cédé 1,3 %
. L’onde de choc montre à quel point l’euphorie autour de l’IA s’était incrustée dans les valorisations mondiales.
En parallèle, les tensions militaires au Moyen-Orient ont connu un brusque regain le week-end dernier. Les États-Unis et l’Iran ont échangé des tirs, compromettant un cessez-le-feu déjà fragile et mettant en suspens les pourparlers de paix qui avaient brièvement laissé espérer une issue diplomatique . Les hostilités entre Israël et le Hezbollah ont également repris, alimentant les craintes d’instabilité régionale
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Pour l’Europe, importatrice nette d’énergie, le choc est immédiat : le prix du baril de pétrole brut a grimpé de plus de 4 %. Les craintes se concentrent tout particulièrement sur la sécurité du détroit d’Ormuz, véritable goulot d’étranglement pour le transit pétrolier mondial . La flambée agit comme un coup de frein pour l’économie de la zone euro déjà en contraction au premier trimestre
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Deutsche Bank observait dès la mi-mai que les marchés étaient en mode « aversion au risque », l’or gagnant du terrain et les investisseurs se ruant sur les valeurs refuges . Ce lundi, les titres les plus sensibles au prix du kérosène, comme Lufthansa et Air France, ont perdu environ 2 %
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Le manuel de l’investisseur en période d’incertitude s’est appliqué à la lettre. Les actions ont été vendues au profit des actifs traditionnellement considérés comme sûrs : le cours de l’or est monté, les rendements des obligations d’État de référence ont d’abord baissé, et le dollar américain s’est apprécié par un mouvement de « fuite vers la qualité » .
Ce renforcement du dollar a mis une pression supplémentaire sur les marchés actions européens en pesant sur l’euro. Pour les grands groupes exportateurs de la région, le cocktail est devenu doublement indigeste : des coûts énergétiques en forte hausse, et une devise qui s’affaiblit face au billet vert .
Dernière ombre au tableau : la réunion de politique monétaire de la Banque centrale européenne (BCE) prévue les 11 et 12 juin. À l’ouverture de la semaine, les marchés monétaires intégraient une probabilité de 76 % que la BCE relève son taux de dépôt de 25 points de base, le portant de 2,00 % à 2,25 % . Certains outils parlaient même de près de 92 % début juin
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Ces anticipations s’appuient sur le chiffre d’inflation d’avril en zone euro, ressorti à 3,0 %, son plus haut niveau depuis mi-2024, tiré notamment par la flambée des prix de l’énergie en lien direct avec le conflit au Moyen-Orient .
La BCE se trouve dans une situation cornélienne. Augmenter les taux dans une économie qui se contracte revient à durcir les conditions financières au plus mauvais moment, ce qui aggraverait la dynamique stagflationniste à l’œuvre . Mais laisser filer l’inflation ferait courir le risque de désancrer les anticipations. La BCE elle-même le reconnaissait fin avril : les risques haussiers sur l’inflation et les risques baissiers sur la croissance se sont intensifiés
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La force de la secousse vient de la manière dont ces quatre facteurs se sont renforcés mutuellement. La remise en question des promesses de l’IA a mis le feu aux poudres, l’incertitude géopolitique a amplifié la panique, la flambée du pétrole a justifié l’anticipation d’un tour de vis monétaire, et la perspective d’une BCE plus restrictive a pénalisé un peu plus les actions exposées à la conjoncture. Un « cocktail explosif » qui a balayé toutes les classes d’actifs.
Désormais, les investisseurs doivent se demander si la purge de lundi marque une simple correction ou le début d’une réévaluation en profondeur. Les marchés avaient abondamment misé sur un atterrissage en douceur de l’économie et sur un boom de productivité durable dopé par l’IA. Ces deux hypothèses traversent aujourd’hui leur plus sérieux test depuis des mois.