L'une des découvertes les plus frappantes est que les répétitions SST1/NBL2 sont fréquemment « déméthylées » dans les tumeurs. Cette perte de groupes chimiques méthyles est l'une des altérations épigénétiques les plus courantes dans les cancers humains . Cette déméthylation agit comme un réveil. Lorsque leur silencing épigénétique est levé, les régions sont activement transcrites
.
Cette transcription produit une molécule jusqu'alors inconnue : un long ARN non codant nommé TNBL (pour Tumor-associated NBL2 transcript, ou transcrit de NBL2 associé aux tumeurs). Contrairement aux premières observations dans le cancer colorectal, des travaux plus récents ont montré que TNBL forme des agrégats périnucléolaires et interagit physiquement avec des protéines clés de la cellule. Il peut notamment se lier au facteur d'épissage SAM68 et à des composants de la machinerie de réparation de l'ADN .
Les chercheurs insistent sur un point de prudence : une chaîne causale directe n'a pas été établie. On ne sait pas encore si TNBL participe activement à la formation des tumeurs ou s'il n'est qu'un sous-produit du chaos épigénétique caractéristique des cellules cancéreuses .
Les séquences SST1/NBL2 résident sur les bras courts des chromosomes acrocentriques, des zones qui sont de véritables points chauds pour les translocations robertsoniennes. Il s'agit du réarrangement structurel chromosomique le plus commun chez l'espèce humaine : deux chromosomes acrocentriques fusionnent au niveau de leurs centromères. Lorsque le chromosome 21 est impliqué, cela peut entraîner une forme héréditaire de trisomie 21, représentant une minorité (environ 4 %) des cas de syndrome de Down .
Ces nouvelles données positionnent SST1/NBL2 comme un marqueur de zones génomiques structurellement vulnérables. Bien qu'il ne soit pas prouvé que ces répétitions soient la cause directe des translocations, leur présence et leur état épigénétique pourraient influencer la stabilité de la chromatine environnante .
Ce champ de recherche était tout simplement impossible avant la maturité du séquençage à longs fragments. Les technologies à lectures courtes fragmentent l'ADN en morceaux trop petits pour traverser de longs amas répétitifs, ce qui fait que les lectures s'effondrent ou sont ignorées lors de l'assemblage. Les avancées techniques qui ont changé la donne incluent :
La recherche en est encore à une phase fondamentale de découverte, mais les implications cliniques se dessinent déjà. S'il est démontré que TNBL, ou d'autres ARN issus de macrosatellites, contribue fonctionnellement au développement tumoral, ces molécules pourraient servir de biomarqueurs – des signaux détectables dans une simple prise de sang ou un tissu. Elles pourraient même constituer des vulnérabilités thérapeutiques. Leurs interactions avec la machinerie d'épissage et de réparation de l'ADN suggèrent des voies de signalisation potentiellement ciblables par des traitements .
Le séquençage à longs fragments permet désormais d'envisager l'étude de la variation humaine naturelle dans ces régions – les différences entre individus et entre tumeurs en termes de nombre de copies, de méthylation et d'expression. C'est une étape essentielle pour comprendre leur véritable signification biologique .
Pour l'instant, l'histoire des macrosatellites SST1/NBL2 est un puissant rappel que des chapitres entiers de notre propre génome restent encore à déchiffrer. La bonne nouvelle, c'est que nous avons enfin les outils pour les lire.