La proposition a immédiatement déclenché une riposte coordonnée de certains des plus grands réseaux d'investisseurs mondiaux. L'argument central n'est pas que les gestionnaires d'actifs refusent de fournir des données sur les entreprises de leur portefeuille : ils le font déjà. Le problème, c'est que les investisseurs institutionnels qui placent leur argent chez ces gestionnaires — fonds de pension, assureurs, et in fine les épargnants — ont besoin de données comparables et standardisées émanant directement des gestionnaires eux-mêmes pour allouer leurs capitaux et évaluer le risque climatique systémique. Sans cela, impossible de comparer les performances environnementales de BlackRock à celles d'Amundi.
Les actions clés de l'opposition incluent :
La Banque centrale européenne (BCE) a également exprimé son mécontentement, critiquant les ESRS révisées pour avoir introduit des « exemptions explicites et implicites pour le secteur financier » concernant les objectifs de réduction d'émissions et le reporting sur la chaîne de valeur. Pour la BCE, ce niveau de flexibilité menace l'interopérabilité que les normes étaient censées créer ,
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Cette confrontation n'est pas un simple désaccord réglementaire. Elle met à nu une faille philosophique au cœur du projet européen de finance durable.
D'un côté, la Commission est animée par un impératif de compétitivité et d'allègement des charges. Le paquet Omnibus a été explicitement conçu pour simplifier la vie des entreprises européennes en supprimant des exigences de reporting. Dans cette optique, si l'empreinte carbone directe d'une société de gestion est négligeable, exiger des données au niveau de l'entité sur chaque investissement ressemble à une lourdeur kafkaïenne.
De l'autre côté, investisseurs et banquiers centraux raisonnent en partant du principe que le risque climatique est systémique et concerne l'ensemble du portefeuille. L'IIGCC, Eurosif et la BCE soutiennent unanimement qu'un gestionnaire d'actifs ne peut pas gérer sincèrement le risque climatique au niveau du fonds sans comprendre et divulguer le profil de durabilité des entités qu'il gère. Exempter l'intermédiaire, c'est briser la chaîne de l'information. Les détenteurs finaux de capitaux (assureurs, fonds de pension, épargnants) perdent toute capacité à comparer les plans de transition climatique, les émissions financées ou les stratégies d'engagement actionnarial d'une société de gestion à l'autre. Ce sont pourtant des données indispensables pour remplir leurs propres obligations fiduciaires et se conformer à des réglementations comme le règlement SFDR et la taxonomie verte européenne ,
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Le résultat est un paradoxe des données : l'UE simplifie le reporting pour les gestionnaires d'actifs afin d'alléger leur fardeau, mais ce faisant, elle prive les véritables alloueurs de capitaux des informations standardisées et auditables dont ils ont besoin pour prendre des décisions éclairées. L'évaluation de la BCE résume cette tension sans détour, affirmant que les ESRS révisées introduisent « un large éventail de mesures de flexibilité transversales » qui sapent fondamentalement l'interopérabilité que les normes étaient censées créer .
La Commission doit maintenant peser l'élan politique derrière son programme de simplification face au risque structurel identifié par les acteurs du marché et les régulateurs qui utiliseraient ces données. L'acte délégué final — attendu pour la mi-septembre 2026 — révélera quelle définition de l'information « utile à la décision » l'a finalement emporté.