La Russie prétend avoir produit environ 485 tonnes d'or en 2025 et prévoit 480–500 tonnes en 2026, soit 40 à 50 % de plus que les estimations du World Gold Council et de l'USGS, ce qui la placerait devant la Chine. Des analystes jugent ces données « difficiles à concilier » avec la production déclarée des grands min...

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Le 2 juin 2026, le ministre russe des Ressources naturelles, Alexandre Kozlov, a lâché une petite bombe statistique : la Russie aurait extrait environ 485 tonnes d'or en 2025 et viserait une fourchette de 480 à 500 tonnes pour 2026, aux côtés de 2 800–3 000 tonnes d'argent et de 134–137 tonnes de métaux du groupe du platine (MGP) . Si ces chiffres sont exacts, Moscou dépasserait la Chine pour devenir le premier producteur mondial d'or
. Problème : les observateurs internationaux, le World Gold Council (WGC) et l'Institut d'études géologiques des États-Unis (USGS) en tête, avancent des estimations très inférieures. Pire, au moment même où Moscou crie victoire, ses réserves d'or souverain fondent à vue d'œil pour la première fois depuis un quart de siècle
.
Lors d'un entretien accordé à l'agence de presse d'État TASS, à la veille du Forum économique international de Saint-Pétersbourg, le ministre a détaillé ses prévisions :
Kozlov a évoqué une croissance annuelle d'environ 3 % pour l'or et de 7 % pour l'argent . Pour le gouvernement, ces chiffres prouvent que le secteur minier russe continue de prospérer en dépit des sanctions occidentales et des restrictions sur les transferts de technologies.
D'après les synthèses des matières premières minérales 2026 de l'USGS, la production aurifère russe de 2025 se situerait plutôt autour de 310 tonnes . Le World Gold Council, qui s'appuie sur les données du cabinet Metals Focus, avance une fourchette de 330–345 tonnes pour cette même année
.
Les 485 tonnes revendiquées par Kozlov sont donc supérieures d'environ 40 à 50 % à ces références . Pour donner un ordre d'idée, si le chiffre russe était correct, il dépasserait la Chine (environ 380 tonnes) et hisserait Moscou au premier rang mondial – une première dans l'histoire moderne
.
Or, aucune mine d'or majeure n'est entrée en production en Russie en 2024 ou 2025. Les sanctions compliquent par ailleurs la maintenance des équipements. Surtout, la somme des productions déclarées par les grandes compagnies minières russes est bien inférieure à 485 tonnes. Des dirigeants du secteur décrivent donc ces chiffres comme « difficiles à réconcilier avec les données disponibles » .
Les projections de Kozlov pour l'argent (jusqu'à 3 000 tonnes) et les MGP (jusqu'à 137 tonnes) sont encore plus opaques : l'USGS et le WGC ne publient pas de prévisions détaillées pour la Russie en 2025-2026. Les derniers chiffres fiables remontent à 2022, lorsque la Russie représentait environ 23 % de la production minière mondiale de MGP, 43 % du palladium et 11 % du platine . Depuis 2024, Nornickel, le géant russe du secteur, ne divulgue plus ses volumes consolidés, ce qui rend toute vérification impossible
.
C'est un point crucial : avant l'interview de juin 2026, Moscou n'avait plus publié de données officielles sur sa production minière depuis l'invasion de l'Ukraine en février 2022 . Les sanctions ont exclu la Russie des places boursières traditionnelles (Londres, Zurich), réorienté ses flux vers des pays tiers, et rendu impossible tout audit indépendant des volumes extraits et exportés
.
Sans vérification au niveau des compagnies, sans statistiques douanières auditées et sans inspections sur le terrain – autant de conditions bloquées par les sanctions et le secret d'État – les analystes ignorent si les chiffres de Kozlov décrivent la production réelle des mines, ou s'ils intègrent le recyclage de déchets, l'orpaillage artisanal, voire des réserves géologiques nouvellement comptabilisées plutôt que du métal effectivement extrait .
La tension la plus flagrante dans ce récit est sans doute ailleurs : au moment où le ministre vante les performances du secteur, la Banque centrale de Russie (BCR) vend discrètement son or physique pour financer un déficit budgétaire abyssal .
Voici les faits :
Si la Russie extrayait réellement 485 tonnes d'or par an – soit environ 15 % de la production minière annuelle mondiale – elle serait en train d'accumuler une montagne de lingots. Or, c'est tout l'inverse qui se produit : la BCR se déleste de son or à un rythme record. Pour les analystes, cette contradiction est un signal fort : soit la production est surévaluée, soit l'exportation est bloquée par les sanctions, soit Moscou cherche avant tout à projeter une image de puissance .
Plusieurs hypothèses circulent parmi les analystes :
La Russie affirme avoir produit 485 tonnes d'or en 2025 et pouvoir atteindre 500 tonnes en 2026. Ces chiffres sont 40 à 50 % supérieurs à ceux du World Gold Council et de l'USGS. Si on les prend au pied de la lettre, Moscou deviendrait le premier producteur mondial. Mais l'absence de données vérifiables, les contraintes technologiques imposées par les sanctions, et surtout la liquidation simultanée des réserves nationales racontent une tout autre histoire. Jusqu'à ce qu'une vérification indépendante devienne possible – perspective lointaine compte tenu du secret et du régime de sanctions – les annonces de Kozlov doivent être considérées comme une déclaration d'État non auditable, et non comme une statistique industrielle avérée .
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La Russie prétend avoir produit environ 485 tonnes d'or en 2025 et prévoit 480–500 tonnes en 2026, soit 40 à 50 % de plus que les estimations du World Gold Council et de l'USGS, ce qui la placerait devant la Chine.
La Russie prétend avoir produit environ 485 tonnes d'or en 2025 et prévoit 480–500 tonnes en 2026, soit 40 à 50 % de plus que les estimations du World Gold Council et de l'USGS, ce qui la placerait devant la Chine. Des analystes jugent ces données « difficiles à concilier » avec la production déclarée des grands mineurs russes, d'autant que les sanctions occidentales limitent l'accès aux équipements et à la technologie.
Contradiction majeure : alors que le Kremlin proclame des records, la Banque centrale russe liquide ses lingots pour la première fois en 25 ans afin de combler un déficit budgétaire creusé par les dépenses militaires.