Ce camouflet est un rappel à l'ordre pour la Commission : une désignation au titre du DMA ne peut pas reposer sur des présomptions sans une analyse factuelle rigoureuse de la situation réelle de l’entreprise au moment de la décision.
Malgré ce succès juridique, l’impact pratique pour Meta est quasi nul. En effet, la Commission européenne avait déjà retiré à Marketplace son statut de contrôleur d’accès le 23 avril 2025, soit plus d’un an avant l’arrêt du Tribunal . Après une demande de Meta en mars 2024, les enquêteurs avaient conclu que la plateforme comptait « moins de 10 000 entreprises utilisatrices actives par an en 2024 », la faisant passer sous les seuils déclenchant les présomptions du DMA
.
Meta avait, de fait, converti Marketplace en un service exclusivement entre particuliers (C2C) en supprimant les comptes professionnels, un moyen habile de contourner la réglementation. Comme le souligne le média irlandais RTE, l’annulation par le Tribunal est donc « largement théorique », se contentant d’officialiser une désignation qui avait déjà été levée .
Dans sa déclaration, Meta n’a pas boudé son plaisir : « Nous saluons l'arrêt du Tribunal sur Marketplace, qui confirme qu'il n'aurait jamais dû être désigné en premier lieu » .
Le vent a tourné pour Messenger. Le Tribunal a rejeté l’intégralité du recours de Meta, fermant la porte à trois arguments principaux .
Messenger est un service distinct. Meta soutenait que Messenger n’était qu’une fonctionnalité intégrée au réseau social Facebook. La Cour n’a pas été de cet avis, estimant qu’il s’agit d’un service de communication interpersonnelle non fondé sur la numérotation, proposé via une application séparée, utilisable indépendamment de Facebook, et activement promu pour des usages professionnels grâce à des outils dédiés .
Pas de déduction pour les utilisateurs communs. L’argument de Meta selon lequel les seuils DMA étaient invalides car les utilisateurs de Messenger sont aussi, en grande partie, des utilisateurs de Facebook, a été balayé. La Cour a jugé que la Commission n’est pas tenue de déduire les chevauchements entre les bases d’utilisateurs des différents services. Il s’agit d’une victoire interprétative majeure pour les régulateurs, qui pourra empêcher les géants de la tech aux écosystèmes vastes de saper les critères quantitatifs qui déclenchent le statut de gatekeeper .
Aucune enquête de marché préalable obligatoire. Enfin, le Tribunal a estimé que la Commission n’avait pas à ouvrir une enquête de marché avant de désigner Messenger, car Meta n’avait pas fourni « d'arguments suffisamment étayés » qui remettraient « manifestement en cause » les présomptions légales du DMA . Cela renforce la puissance des présomptions réfragables du DMA et fait peser sur les entreprises désignées le fardeau de la preuve.
Ce jugement partagé est une feuille de route pour l’avenir du règlement européen.