Voici comment ces pièces s'emboîtent pour redessiner le paysage numérique européen.
Concrètement, à partir de début juin, toute recherche effectuée via la barre d'adresse des navigateurs Firefox ou Edge sur un ordinateur du Parlement européen passera par Qwant au lieu de Google . La décision, rapportée notamment par Politico et Engadget, a été communiquée en interne comme une mesure « conforme à l'engagement du Parlement en faveur de la souveraineté numérique et de la protection des données personnelles des utilisateurs »
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Ce n'est pas un coup d'essai pour l'administration française : l'Assemblée nationale et le ministère des Armées avaient déjà adopté Qwant depuis 2018 pour des raisons de protection de la vie privée face aux lois extraterritoriales américaines, comme le Cloud Act . Qwant, qui revendique un modèle sans pistage des utilisateurs, et Ecosia, son concurrent allemand, travaillent d'ailleurs conjointement à la création d'un index de recherche européen indépendant pour s'affranchir à terme des API de Microsoft Bing et de Google
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Si le changement de moteur de recherche est un symbole fort, le véritable bras de fer se joue au niveau des infrastructures cloud. Le paquet que s'apprête à dévoiler la Commission européenne contient deux mesures phares :
L'objectif est limpide : utiliser la puissance de la commande publique pour créer un marché et renforcer l'offre européenne, sans pour autant interdire ces technologies dans le secteur privé .
Ces décisions politiques et industrielles ne sortent pas de nulle part. Elles s'inscrivent dans le cadre de l'initiative EuroStack, un mouvement porté par une coalition d'universitaires, d'industriels et de décideurs politiques, décrit comme le « moment lunaire » de l'Europe par sa co-autrice Francesca Bria . Le concept, qui fait écho à l'« India Stack », promeut la construction de toute une « pile » (stack) d'infrastructures numériques souveraines : connectivité, cloud, intelligence artificielle, plateformes de données et, désormais, moteurs de recherche
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La page officielle de la Commission sur les « Building Blocks » numériques cite d'ailleurs le rapport EuroStack comme un argumentaire convaincant pour « investir dans la souveraineté numérique de l'Europe, en remodelant activement l'écosystème numérique européen pour le rendre plus résilient et moins dépendant des Big Tech » .
Le remplacement de Google par Qwant (la couche « recherche »), les règles de souveraineté pour le cloud (la couche « infrastructure »), et les mesures sur les semi-conducteurs (la couche « matériel ») forment ainsi une stratégie coordonnée et inédite. Pour Bruxelles, il ne s'agit plus de simples discours, mais de passer à une mise en œuvre concrète par la régulation, la commande publique et l'adoption institutionnelle.