Les producteurs du Golfe, cœur névralgique de l'alliance, ont supporté à eux seuls une chute d'environ 9,9 millions de b/j. La cause est directement liée aux dommages causés aux infrastructures énergétiques et à la paralysie quasi totale du trafic maritime dans le détroit d'Ormuz depuis le 28 février .
Dans ce contexte, la hausse de juillet est à la fois inévitable et largement symbolique. L'alliance ne fait que respecter un calendrier de dénouement progressif de ses précédentes coupes, un plan conçu dans un environnement de marché radicalement différent. Le départ récent des Émirats arabes unis du groupe a d'ailleurs nécessité un ajustement technique, ramenant la hausse prévue de 206 000 à 188 000 b/j . Mais aucun recalibrage diplomatique ne peut combler l'écart entre une cible en hausse et une base d'approvisionnement qui s'effondre.
L'Agence internationale de l'énergie (AIE) et la Banque mondiale utilisent des mots très lourds pour décrire la situation : il s'agit du plus grand choc d'offre pétrolière de l'histoire, « sans équivoque plus lourd de conséquences que les deux crises pétrolières des années 1970 combinées » .
L'érosion de la production est particulièrement aiguë en Arabie saoudite. Plusieurs rapports de renseignement de marché indiquent que la production saoudienne de brut est tombée à des niveaux jamais vus depuis la guerre du Golfe de 1990, lorsque les champs pétrolifères koweïtiens avaient été incendiés par les forces irakiennes en retraite.
Cette perte de la capacité de réserve saoudienne est un séisme pour l'architecture énergétique mondiale. Pendant des décennies, la capacité du royaume à ouvrir ou fermer les vannes rapidement a servi de soupape de sécurité ultime au marché. Avec ce « volant de sécurité » désormais gravement endommagé, et la mise à l'arrêt complète des producteurs voisins du Golfe, le marché est entré dans ce que la Banque mondiale qualifie de « période d'extrême fragilité » .
Ce choc d'offre aux proportions historiques ne fait pas que propulser les prix à la hausse, il détruit aussi la demande. Dans son rapport mensuel de mai 2026, l'AIE a sévèrement revu à la baisse ses prévisions de consommation mondiale, anticipant désormais une contraction d'environ 420 000 b/j sur l'année. La demande totale est projetée autour de 104 millions de b/j, soit 1,3 million de moins que ce qui était prévu avant le conflit .
La chute la plus brutale est attendue au deuxième trimestre 2026, avec un recul de près de 2,45 millions de b/j sur un an. La flambée des prix, le ralentissement économique et l'annulation massive de vols aériens cassent la consommation de manière mécanique .
Le résultat est une dynamique perverse : même si l'économie mondiale s'essouffle et que la demande recule, l'offre chute encore plus vite, maintenant le marché dans un état de sous-approvisionnement sévère. Les derniers calculs de l'AIE impliquent que l'offre restera inférieure à la demande de 1,78 million de b/j en 2026, effaçant totalement les prévisions d'excédent confortable qui prévalaient encore en décembre dernier .
Ce déséquilibre entre l'offre et la demande vide les stocks mondiaux à un rythme qui alarme les analystes. L'Agence américaine d'information sur l'énergie (EIA), dans ses perspectives énergétiques de court terme de mai 2026, anticipe désormais une baisse des stocks mondiaux de 2,6 millions de b/j en 2026, un bond vertigineux par rapport à la précédente estimation de seulement 300 000 b/j de contraction .
Au cœur de cette moyenne annuelle, l'EIA s'attend à ce que les prélèvements sur les stocks atteignent en moyenne 8,5 millions de b/j rien que sur le deuxième trimestre . L'AIE renchérit : les stocks sont drainés à un « rythme sans précédent » et le marché restera « sévèrement sous-approvisionné au moins jusqu'à la fin du troisième trimestre 2026 », même si les hostilités venaient à cesser rapidement
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La combinaison d'une perte d'offre structurelle, d'un épuisement rapide des stocks et d'une capacité de réserve quasi évaporée crée un consensus parmi les experts : le marché n'a pratiquement plus aucune marge de manœuvre pour absorber un nouveau choc. Avec plus de 14 millions de b/j de production à l'arrêt, les analystes soulignent qu'il ne reste « que très peu de place pour l'erreur » .
Le moindre incident supplémentaire – une escalade du conflit, la perturbation d'un autre point de passage maritime stratégique, ou une panne imprévue dans une autre région productrice – pourrait déclencher une flambée des prix encore plus extrême. La Banque mondiale a mis en garde contre cette vulnérabilité, notant qu'avec l'assèchement des volants de sécurité mondiaux, le marché est entré dans une zone de fragilité extrême.
La décision de l'OPEP+ de relever ses quotas pour juillet, bien que techniquement conforme à son calendrier, n'atténue en rien cette fragilité. Le pétrole que ces quotas autorisent théoriquement ne peut tout simplement pas atteindre le marché mondial.