Le 27 mai, le vice-président de la BCE, Luis de Guindos, a résumé la situation en exhortant les banques à « investir davantage dans la cybersécurité pour maîtriser les nouveaux modèles d’IA capables de trouver des failles dans les logiciels » . Quelques jours plus tôt, Frank Elderson, vice-président du conseil de surveillance prudentielle, s’était montré encore plus direct : « Les capacités cybernétiques autonomes des modèles de pointe progressent rapidement. La durée des tâches informatiques que ces modèles peuvent accomplir de manière autonome a doublé en quelques mois »
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Deux capacités techniques alarment particulièrement les superviseurs. Premièrement, la détection de vulnérabilités par Mythos s’opère à une échelle et une vitesse qui rendent obsolètes les outils de sécurité traditionnels. Le modèle a identifié des milliers de failles à travers des centaines de projets, bien plus vite qu’une équipe humaine ou qu’un scanner conventionnel . Deuxièmement, et c’est là le point le plus sensible, le système affiche une capacité offensive à double usage : non seulement il trouve les failles, mais il génère aussi des programmes d’exploitation fonctionnels, avec un taux de réussite supérieur à 83 % dès la première tentative selon certaines évaluations
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Cette combinaison signifie que des acteurs malveillants — groupes étatiques ou criminels sophistiqués — pourraient, en théorie, utiliser des outils d’IA similaires pour scanner les infrastructures bancaires, repérer les vulnérabilités non corrigées et lancer des attaques avant que les institutions n’aient le temps de réagir. Le constat de la BCE est sans appel : le délai de défense doit passer de semaines ou de mois à quelques heures, voire quelques minutes .
Un des aspects les plus inhabituels du discours de la BCE a été de devancer un argument prévisible des banques : « Nous n’avons pas accès à Mythos, comment pourrions-nous nous en défendre ? »
La réponse de Frank Elderson a été cinglante : « L’absence d’accès n’est pas une excuse pour l’inaction. Au contraire, cela rend d’autant plus critique que les banques agissent, et qu’elles agissent maintenant » . Fin mai, le message s’était mué en directive opérationnelle : il faut accélérer le déploiement des correctifs de sécurité. Le superviseur, soulignant « la gravité de la menace pour le système financier », a pressé les établissements d’accélérer la sécurisation de leurs systèmes informatiques
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Le calendrier du printemps 2026 témoigne d’un superviseur dépassé par la vitesse de la menace et qui tente de reprendre la main.
Cette séquence révèle une progression rapide : après avoir collecté des informations, le superviseur n’interroge plus, il ordonne.
Pour comprendre la crise, il faut se pencher sur le Project Glasswing, un programme de distribution contrôlée mis en place par Anthropic. Plutôt que de diffuser Mythos publiquement, l’entreprise en a réservé l’accès à un consortium restreint de partenaires issus des infrastructures critiques — dont de grandes banques américaines comme JPMorgan Chase et Bank of America — qui peuvent utiliser le modèle pour sonder leurs propres systèmes .
Les banques européennes, elles, ont été largement tenues à l’écart. Il en résulte une asymétrie d’information brutale : les grands établissements américains peuvent tester leurs défenses avec le scanner de cybersécurité le plus avancé jamais conçu, quand leurs homologues européens restent aveugles face aux mêmes vulnérabilités que Mythos pourrait exposer — et, potentiellement, que des adversaires pourraient exploiter .
Face à ce déséquilibre, la BCE a demandé aux banques américaines disposant d’opérations dans la zone euro de bien vouloir partager, sur la base du volontariat, les renseignements et les stratégies d’atténuation glanés grâce à Glasswing avec leurs pairs européens . Une requête pour le moins inhabituelle, qui revient à demander à des concurrents commerciaux de combler, par la coopération, un vide laissé par la géopolitique.
Fin mai 2026, les tractations de haut niveau entre l’Union européenne et Anthropic sont officiellement au point mort. Carlos Cuerpo, le ministre espagnol de l’Économie, a confirmé le 22 mai, avant un sommet des ministres des Finances de l’UE, que « malheureusement, les progrès dans ce domaine ont été limités » . Malgré plusieurs réunions, aucune discussion directe n’a été entamée pour accorder aux entités européennes l’accès à Claude Mythos, suscitant, selon un média, « de fortes craintes pour la cybersécurité du continent »
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La position d’Anthropic est réfléchie. L’entreprise justifie la non-diffusion publique du modèle par ses capacités offensives, afin d’en prévenir un usage malveillant. Elle avait pourtant indiqué, dès avril 2026, vouloir proposer un accès aux banques européennes « bientôt ». Mais fin mai, aucun accord concret n’avait vu le jour .
La frustration réglementaire est d’autant plus vive que le cadre juridique est inopérant. L’article 92 du règlement européen sur l’IA (AI Act), qui permet à la Commission européenne d’accéder aux modèles d’IA à risque systémique pour évaluation, est en vigueur depuis août 2025. En revanche, ses pouvoirs de contrainte — notamment la capacité d’infliger des amendes en vertu de l’article 101 — n’entreront en application que le 2 août 2026 . Le Bureau européen de l’IA peut donc demander l’accès, mais il ne peut l’exiger par la force de la loi au moment précis où le péril paraît le plus aigu.
Frank Elderson l’a résumé sans détour : l’incapacité de l’UE à obtenir l’accès au modèle aggrave la situation. Les banques européennes ne peuvent tout simplement pas utiliser l’outil qui révélerait leurs propres faiblesses, pendant que leurs concurrentes américaines renforcent activement leurs boucliers .
Les avertissements de la fin mai constituent un tournant dans la manière dont les régulateurs appréhendent le pouvoir des modèles d’IA face à la stabilité financière. Dans l’immédiat, les banques de la zone euro s’efforcent d’accélérer leurs cycles de rustines logicielles. Mais les questions de fond restent entières.
Anthropic autorisera-t-elle les institutions européennes à utiliser Mythos avant que l’UE ne récupère son pouvoir de sanction en août ? Le partage volontaire de renseignements entre banques peut-il vraiment combler le fossé technologique ? Et, question plus fondamentale encore, l’architecture de la régulation financière — pensée pour une époque où les menaces évoluaient à un rythme humain — est-elle adaptée à un monde où l’IA peut trouver et exploiter des failles plus vite que les institutions ne peuvent les corriger ?
Pour l’heure, la consigne de la BCE ne souffre d’aucune ambiguïté : corrigez vos failles sans attendre, partagez vos informations, et considérez que la menace est déjà là. Pour reprendre les mots de Frank Elderson, le compte à rebours a commencé.
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