Comment en est-on arrivé là ? Trois facteurs principaux plombent les perspectives.
Le conflit militaire américano-israélien en Iran a conduit au blocage du détroit d'Ormuz, par où transite environ un cinquième du commerce mondial de pétrole . Conséquence immédiate : les prix du pétrole et du gaz se sont envolés, renvoyant les économistes aux heures sombres de la crise énergétique des années 70 .
Pour la zone euro, le coup est rude. Le commissaire européen à l'Économie, Valdis Dombrovskis, a chiffré l'impact : l'UE pourrait perdre 0,4 point de pourcentage de croissance en 2026, tandis que l'inflation grimperait jusqu'à 1 point supplémentaire . Les indicateurs avancés confirment ces craintes : l'indice PMI composite de la zone euro est repassé sous la barre des 50 en avril, signalant une contraction de l'activité privée pour la première fois depuis fin 2024 . La stagflation, ce spectre mêlant croissance atone et prix élevés, est de nouveau sur toutes les lèvres .
Ce choc inflationniste a pris à revers la Banque centrale européenne. Elle avait patiemment abaissé ses taux directeurs en 2025, jusqu'à un niveau de 2,00 % pour le taux de dépôt. Mais le 19 mars 2026, face à la flambée des prix de l'énergie, elle a opté pour le statu quo et a nettement relevé ses prévisions d'inflation .
Désormais, ce n'est plus une détente monétaire qui est attendue, mais un resserrement. Un sondage Bloomberg de mai 2026 montre que les économistes prévoient deux hausses de taux d'un quart de point, en juin et en septembre . Les marchés financiers sont alignés : les contrats de swap évaluent à environ 70 % la probabilité de ces deux tours de vis , et la plateforme de prédiction Polymarket affiche un consensus de 89 % des traders sur la survenue d'au moins une hausse cette année .
Des politiques monétaires plus restrictives sont, par nature, un frein pour les marchés d'actions. Elles augmentent le coût du crédit pour les entreprises et renchérissent le financement des investissements. Pour le STOXX 600, cette remontée des taux agit comme un puissant vent contraire.
L'envolée boursière de ce début d'année a été portée presque exclusivement par les valeurs technologiques liées à l'intelligence artificielle. Une analyse de la société de recherche TS Lombard a révélé que deux paniers d'actions "IA" (l'un axé sur les semi-conducteurs, l'autre sur les centres de données et l'infrastructure) représentaient à eux seuls plus des deux tiers de la performance positive du STOXX 600 sur un mois et demi .
Cette concentration extrême rend l'ensemble du marché vulnérable. Le phénomène n'est pas propre à l'Europe ; aux États-Unis, l'indice S&P 500 équipondéré a largement sous-performé sa version pondérée par la capitalisation boursière, les "Sept Magnifiques" ayant capté l'essentiel de la croissance des bénéfices mondiaux . Si le sentiment des investisseurs venait à se retourner contre l'IA — que ce soit à cause de doutes sur la rentabilité future des investissements massifs ou d'un simple mouvement de rotation sectorielle — le STOXX 600 ne pourrait pas compter sur un soutien large des autres secteurs (comme la finance ou l'industrie) pour amortir le choc . Une newsletter de STOXX notait d'ailleurs qu'en février 2026, une simple rotation hors de la tech avait suffi à peser sur les indices américains, tandis que les secteurs européens plus traditionnels attiraient des flux entrants .
Le marché actions européen est pris en étau. Le choc stagflationniste lié à la guerre en Iran, la fin abrupte de l'ère des taux bas par la BCE et la dépendance malsaine du rallye à une poignée de géants de l'IA forment un cocktail détonant pour la deuxième partie de l'année. Après un premier semestre euphorique, les investisseurs doivent se préparer à une fin d'année 2026 au mieux atone, au pire mouvementée. Le consensus Reuters anticipe désormais une progression quasi nulle d'ici décembre, un contraste saisissant avec l'optimisme qui régnait il y a encore quelques mois .