Ce comportement est classique sur les marchés financiers : lorsqu’un conflit géopolitique accroît les incertitudes sur la croissance mondiale ou l’inflation, le dollar tend à se renforcer, car il reste la principale monnaie de réserve et de financement du système financier international.
Les mouvements de devises dépendent fortement des anticipations de taux d’intérêt. Or, ces anticipations divergent actuellement entre les États‑Unis et la zone euro.
Aux États‑Unis, la persistance des pressions inflationnistes et des données économiques relativement solides ont ravivé les spéculations sur un possible nouveau relèvement de taux de la Réserve fédérale ou sur une période prolongée de taux élevés. Les probabilités d’une hausse supplémentaire ont fortement augmenté sur les marchés ces dernières semaines.
Des taux plus élevés rendent les actifs libellés en dollars plus attractifs pour les investisseurs internationaux, ce qui soutient la monnaie américaine.
Du côté européen, le ton est plus prudent. La BCE insiste sur une approche fortement dépendante des données économiques, avec une orientation globale perçue comme plus neutre par les marchés.
Résultat : le différentiel de rendement entre les États‑Unis et la zone euro pourrait continuer à favoriser les actifs en dollars, ce qui pèse mécaniquement sur l’euro.
Un autre élément clé concerne l’écart de dynamique économique entre les deux régions.
Les indicateurs américains ont globalement mieux résisté, tandis que plusieurs indicateurs européens — notamment les indices PMI d’activité des entreprises — montrent un ralentissement de l’activité.
Ces enquêtes sont très surveillées par les marchés car elles donnent une indication précoce de la croissance économique. Des PMI faibles suggèrent un ralentissement, ce qui peut limiter la capacité de la BCE à maintenir une politique monétaire restrictive.
Il faut toutefois nuancer : certaines données européennes restent résilientes, et la BCE rappelle régulièrement que ses décisions dépendront de l’évolution des statistiques économiques.
Le conflit avec l’Iran affecte aussi les marchés via les prix de l’énergie.
Lorsque les tensions montent au Moyen‑Orient, les investisseurs craignent souvent des perturbations sur les routes énergétiques mondiales — par exemple autour du détroit d’Ormuz, un passage crucial pour le pétrole et le gaz.
Si les prix de l’énergie augmentent fortement, la zone euro pourrait être plus touchée que les États‑Unis, car l’Europe reste un grand importateur net d’énergie.
Une hausse du pétrole et du gaz peut donc :
Aux États‑Unis, la production domestique d’énergie est plus importante, ce qui atténue en partie l’impact économique d’un choc énergétique.
Les analyses économiques suggèrent ainsi qu’une flambée des prix liée au conflit pourrait ralentir davantage la croissance européenne que celle des États‑Unis, renforçant l’avantage relatif du dollar.
Les marchés financiers reflètent déjà ces inquiétudes : certaines valeurs européennes et l’euro se sont affaiblis à mesure que les prix de l’énergie augmentaient et que le risque de choc économique s’accentuait.
La faiblesse de l’euro ne se limite pas à sa relation avec le dollar. Il a également perdu du terrain face à la livre britannique à plusieurs reprises.
Dans plusieurs épisodes récents, des PMI décevants dans la zone euro ont pesé sur la monnaie unique, tandis que certaines données britanniques — comme l’inflation ou l’activité des services — soutenaient la livre.
Cela renforce une idée centrale pour les marchés : lorsque les perspectives de croissance européennes se dégradent relativement à celles d’autres économies développées, l’euro tend à reculer.
L’évolution future de l’euro dépendra en grande partie de deux variables : la situation géopolitique et la trajectoire économique des deux côtés de l’Atlantique.
Facteurs qui pourraient soutenir l’euro :
Facteurs qui pourraient pousser l’euro plus bas :
La baisse de l’euro vers 1,16 dollar résulte d’une combinaison de facteurs. Les flux vers les valeurs refuges profitent au billet vert, l’écart de politique monétaire entre la Fed et la BCE favorise les actifs américains, et les perspectives économiques apparaissent plus solides aux États‑Unis.
À cela s’ajoute un élément clé : un choc énergétique lié au conflit avec l’Iran frapperait probablement plus durement l’Europe que les États‑Unis, ce qui renforce la pression sur la monnaie unique à court terme.