Une fois adoptées par des administrations publiques ou des secteurs industriels, ces technologies créent des effets de réseau. Autrement dit, plus elles sont utilisées, plus il devient difficile et coûteux de basculer vers un autre écosystème technologique.
Au cœur de l’initiative figure la création d’un fonds américain de 20 millions de dollars destiné à aider les économies partenaires à adopter des technologies d’IA développées aux États‑Unis.
Selon les responsables américains impliqués dans les discussions de l’APEC, ce financement doit soutenir :
L’idée n’est pas seulement d’exporter des produits technologiques, mais aussi d’aider les pays à intégrer l’IA dans leurs infrastructures publiques et industrielles, ce qui pourrait renforcer la présence des technologies américaines à long terme.
Pour convaincre les partenaires régionaux, les États‑Unis ont mis en avant des usages précis de l’intelligence artificielle plutôt que des promesses générales.
Parmi les exemples présentés lors des discussions :
Ces domaines ne sont pas choisis au hasard. Ils touchent des secteurs où les données, les normes techniques et les infrastructures numériques jouent un rôle essentiel — ce qui peut durablement orienter les standards technologiques adoptés par les États.
Cette offensive technologique américaine s’inscrit dans une compétition stratégique plus large avec la Chine.
Washington considère de plus en plus les infrastructures numériques — réseaux, plateformes de données ou systèmes d’IA — comme des leviers géopolitiques. Les initiatives présentées à l’APEC visent ainsi, selon plusieurs rapports, à offrir aux pays d’Asie‑Pacifique une alternative aux technologies chinoises et à limiter l’influence technologique de Pékin dans la région.
La Chine, de son côté, promeut également ses propres plateformes numériques et projets d’infrastructure technologique à l’étranger. Dans les faits, de nombreux pays asiatiques se retrouvent face à deux écosystèmes technologiques concurrents.
Malgré cette rivalité, les États‑Unis et la Chine ont maintenu des discussions ponctuelles sur la sécurité et les risques liés à l’intelligence artificielle. Des responsables des deux pays se sont rencontrés pour échanger sur les dangers potentiels des systèmes d’IA avancés et sur la manière de réduire les risques globaux.
Les autorités américaines ont toutefois souligné que ces échanges ne visaient pas à harmoniser les politiques technologiques ni à partager des capacités sensibles. Leur objectif est surtout de maintenir des canaux de communication face aux risques associés à des technologies de plus en plus puissantes.
L’ensemble révèle une approche stratégique à deux volets :
À travers les initiatives présentées à l’APEC — financement, projets pilotes et partenariats sectoriels — les États‑Unis tentent donc de façonner l’architecture technologique de l’Asie‑Pacifique. Les choix technologiques faits aujourd’hui par les économies de la région pourraient influencer l’équilibre de pouvoir dans l’écosystème mondial de l’intelligence artificielle au cours de la prochaine décennie.