Les banques commerciales soutiennent en principe l’idée d’une autonomie européenne en matière de paiements. Mais elles s’inquiètent des conséquences financières du projet.
Une analyse de la BCE estime que les investissements nécessaires pour le secteur bancaire pourraient atteindre entre 4 et 5,8 milliards d’euros pour mettre en place les infrastructures et systèmes nécessaires. Le coût final dépendra encore du design exact du système et des services associés.
Pour les établissements bancaires, cette facture arrive à un moment où ils investissent déjà massivement dans la transformation numérique et la cybersécurité.
L’inquiétude la plus profonde concerne toutefois le rôle des banques dans le futur système.
Si les citoyens peuvent détenir des euros numériques dans des portefeuilles garantis par la banque centrale, une partie des dépôts pourrait quitter les banques commerciales, en particulier lors de périodes d’incertitude financière. Or ces dépôts représentent une source de financement peu coûteuse pour les banques.
Ce phénomène — appelé "désintermédiation" — pourrait affaiblir leur capacité à prêter à l’économie.
La BCE tente de rassurer le secteur. Elle affirme que l’euro numérique ne vise pas à remplacer les banques, mais à fonctionner dans le modèle européen traditionnel à deux niveaux : la banque centrale émet la monnaie, tandis que les banques et prestataires de paiement distribuent les services aux utilisateurs.
Le projet avance progressivement. La BCE ne pourra décider d’émettre un euro numérique qu’après l’adoption de la législation européenne correspondante.
Si cette loi est adoptée en 2026, un projet pilote pourrait commencer en 2027, et le système européen serait techniquement prêt pour une éventuelle première émission autour de 2029.
Cela laisse plusieurs années de débat politique et technique avant toute mise en circulation.
Pendant que la BCE prépare son projet, des initiatives privées progressent déjà pour créer un système de paiement européen.
Des acteurs comme l’European Payments Initiative (EPI) et l’alliance EuroPA développent le portefeuille numérique Wero, conçu comme une alternative européenne aux réseaux internationaux. Les solutions reliées à ce réseau pourraient toucher environ 130 millions d’utilisateurs dans 13 pays européens.
Certaines banques préfèrent ce type d’initiative, car elles permettent de conserver la relation client et les revenus liés aux paiements au sein du secteur bancaire plutôt que de les déplacer vers une infrastructure pilotée par la banque centrale.
En réalité, la discussion sur l’euro numérique reflète une tension plus large.
Alors que les paiements deviennent de plus en plus numériques et que les stablecoins et autres formes de monnaie privée progressent, la BCE estime que l’Europe doit proposer une alternative publique crédible pour préserver le rôle international de l’euro.
Le débat ne fait donc que commencer : il décidera non seulement de l’avenir des paiements en Europe, mais aussi de l’équilibre des pouvoirs entre banques centrales, banques commerciales et grandes entreprises technologiques.
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