Cette situation révèle un élément clé du marché pétrolier en temps de crise : les acteurs capables de acheter, assurer, transporter et financer les cargaisons lorsque les risques explosent gagnent une influence disproportionnée sur le fonctionnement du commerce énergétique.
Les périodes de tensions géopolitiques accélèrent souvent les changements dans l’infrastructure financière. Dans ce cas précis, l’instabilité autour d’Ormuz a renforcé l’intérêt pour les règlements en yuan dans le commerce pétrolier.
Certaines analyses indiquent que la demande de yuan a augmenté après que l’Iran a accepté des paiements dans la monnaie chinoise pour certaines cargaisons naviguant dans la zone, rendant les règlements en dehors du système dominé par le dollar plus pratiques dans un contexte de guerre.
Il existe toutefois une nuance importante. Malgré les spéculations sur un éventuel « corridor pétrolier en yuan » dans le détroit, aucune règle officielle imposant le yuan comme monnaie obligatoire pour les cargaisons n’a été confirmée publiquement par les autorités iraniennes ou chinoises.
Autrement dit, l’essor du pétroyuan se produit par évolution progressive des pratiques commerciales, et non par remplacement formel du système basé sur le dollar.
Depuis des décennies, le commerce mondial du pétrole est étroitement lié au dollar américain — un mécanisme souvent appelé système du pétrodollar. La plupart des cargaisons de brut sont traditionnellement évaluées et réglées en dollars, ce qui renforce la position dominante de la monnaie américaine dans la finance mondiale.
La Chine cherche depuis plusieurs années à internationaliser sa monnaie, le renminbi (yuan). Pour cela, Pékin a développé des instruments financiers tels que des contrats à terme sur le pétrole libellés en yuan et des mécanismes de règlement visant à réduire la dépendance aux réseaux financiers dominés par le dollar.
Le conflit actuel renforce cette stratégie pour plusieurs raisons :
Malgré cela, le dollar reste de loin la principale monnaie du commerce énergétique mondial, et toute évolution vers un système plus diversifié devrait rester progressive.
La Chine est entrée dans cette crise avec une position énergétique particulièrement solide.
Selon les estimations de l’Energy Information Administration (EIA) américaine, la Chine détenait fin 2025 les plus grandes réserves stratégiques de pétrole au monde, devant les États‑Unis et le Japon. Ces stocks atteignaient près de 1,4 milliard de barils, après un important effort de stockage en 2025 avec environ 1,1 million de barils par jour ajoutés aux réserves stratégiques.
Ces réserves offrent à Pékin plusieurs avantages pendant un choc pétrolier :
Dans ce contexte, les stocks pétroliers deviennent à la fois un bouclier énergétique et un instrument géopolitique.
L’effet immédiat du conflit n’est pas la fin du pétrodollar, mais l’émergence d’un système pétrolier mondial plus fragmenté.
Plusieurs réseaux commerciaux coexistent désormais :
Si davantage de cargaisons sont financées par des banques chinoises, transportées par des flottes liées à la Chine et achetées par la Chine comme acheteur de dernier ressort, le rôle du yuan dans le commerce pétrolier pourrait s’étendre progressivement — même si les références de prix comme le Brent ou le WTI restent libellées en dollars.
Les crises géopolitiques accélèrent souvent les transformations financières. Les perturbations autour du détroit d’Ormuz pourraient représenter une rare opportunité pour élargir l’usage international du renminbi.
Le changement n’est pas idéologique mais pratique. Dans un marché instable, les acteurs privilégient le système qui permet simplement de faire circuler le pétrole et d’effectuer les paiements.
Si les règlements en yuan continuent de prouver leur utilité dans ces conditions, leur rôle dans le commerce énergétique mondial pourrait progressivement croître.
Pour l’instant, le système pétrolier mondial ne bascule pas du pétrodollar vers le pétroyuan du jour au lendemain. Mais la guerre en Iran montre à quelle vitesse l’architecture financière de l’énergie peut commencer à évoluer lorsque l’une des routes maritimes les plus importantes du monde devient un champ de bataille.