Les discussions ont mis en avant le potentiel économique de l’IA pour un espace qui regroupe près d’un milliard d’habitants si l’on additionne les populations des États‑Unis et des pays de l’ASEAN. Les ministres ont souligné l’importance d’une coopération sur la recherche, le développement, le déploiement et la régulation de l’IA afin d’en maximiser les bénéfices tout en maîtrisant les risques.
Cette initiative s’inscrit également dans le cadre du Partenariat stratégique global États‑Unis–ASEAN, les deux parties se préparant à célébrer le 50e anniversaire de leurs relations diplomatiques en 2027 — une étape que Washington et les capitales d’Asie du Sud‑Est souhaitent marquer par un approfondissement de la coopération économique et numérique.
Au cœur des discussions figurait l’initiative Pax Silica, un projet piloté par les États‑Unis visant à bâtir un écosystème technologique international sécurisé pour les technologies qui soutiennent l’intelligence artificielle.
L’objectif est de renforcer la coopération entre partenaires sur les maillons critiques de la chaîne de valeur de l’IA — notamment les semi‑conducteurs, les infrastructures de calcul et la fabrication technologique avancée — afin d’assurer des chaînes d’approvisionnement fiables et moins dépendantes de routes ou de fournisseurs vulnérables.
Plusieurs pays, dont Singapour, ont déjà signé la déclaration Pax Silica, qui prévoit une coordination des investissements, de la coopération technologique et de la sécurité des chaînes d’approvisionnement entre économies participantes.
La question de la résilience des chaînes d’approvisionnement a occupé une place centrale lors du conseil ministériel.
Le développement de l’IA dépend fortement d’éléments matériels : puces avancées, centres de données, matériaux critiques et procédés industriels sophistiqués. Les responsables ont discuté de la manière dont la coopération avec l’Asie du Sud‑Est pourrait contribuer à bâtir des infrastructures numériques fiables et des chaînes d’approvisionnement plus diversifiées dans les semi‑conducteurs et les capacités de calcul.
Cette approche reflète une évolution importante : la compétition mondiale autour de l’IA ne concerne pas seulement les algorithmes ou les modèles, mais aussi l’ensemble de l’écosystème industriel qui les rend possibles.
Les discussions ont également abordé le U.S. AI Exports Program, un dispositif destiné à aider les entreprises technologiques américaines à déployer leurs solutions d’IA dans les marchés de l’Indo‑Pacifique.
Le programme prévoit d’utiliser les réseaux diplomatiques américains pour mettre en relation les fournisseurs d’IA des États‑Unis avec les gouvernements et entreprises de la région en quête d’infrastructures numériques, d’outils d’intelligence artificielle et d’applications professionnelles.
Dans cette logique, les ambassades et missions diplomatiques deviennent des facilitateurs de partenariats technologiques, favorisant l’expansion internationale des entreprises américaines tout en accélérant la transformation numérique en Asie du Sud‑Est.
La dimension réglementaire et éthique de l’IA était également à l’ordre du jour.
Les participants ont discuté de l’alignement de leurs approches pour promouvoir une IA sûre, sécurisée et digne de confiance, dans la continuité des initiatives déjà engagées entre les deux partenaires. En 2024, les dirigeants de l’ASEAN et des États‑Unis ont adopté une déclaration commune en faveur du développement responsable de l’intelligence artificielle.
Au niveau régional, ce travail est notamment coordonné par le Groupe de travail de l’ASEAN sur la gouvernance de l’IA, qui organise dialogues politiques, partage d’expertise et programmes de renforcement des capacités entre les États membres.
Au‑delà des enjeux géopolitiques et industriels, les ministres ont également insisté sur un objectif très concret : favoriser l’utilisation de l’IA par les entreprises de la région.
Dans de nombreux pays d’Asie du Sud‑Est, les petites et moyennes entreprises (PME) rencontrent encore des obstacles importants — manque d’expertise technique, accès limité au financement ou aux outils fiables d’intelligence artificielle.
Les initiatives évoquées lors de la réunion visent donc à développer des programmes de formation, des partenariats technologiques et un accès élargi aux solutions d’IA afin que ces entreprises puissent améliorer leur productivité et participer à la transformation numérique régionale.
Ce premier conseil ministériel marque une étape importante dans l’évolution du partenariat technologique entre les États‑Unis et l’ASEAN.
L’agenda présenté couvre désormais l’ensemble de l’écosystème de l’intelligence artificielle : infrastructures sécurisées, chaînes d’approvisionnement en semi‑conducteurs, investissements technologiques, gouvernance de l’IA et adoption par les entreprises.
À l’approche du cinquantenaire des relations États‑Unis–ASEAN en 2027, cette coopération autour de l’IA pourrait devenir l’un des axes structurants de leur partenariat stratégique — et jouer un rôle clé dans la configuration de l’économie mondiale de l’intelligence artificielle.