Mais la situation géopolitique et la hausse du pétrole ont changé la donne. Selon la compagnie, l’anxiété des consommateurs liée au conflit au Moyen‑Orient a ralenti les réservations et affaibli les prix. Les tarifs entre juillet et septembre devraient donc rester « globalement stables » au lieu de progresser légèrement.
Lorsque les prix stagnent alors que les coûts restent élevés ou incertains, le revenu par passager peut ne plus suffire à compenser les dépenses d’exploitation — notamment le carburant.
Cette prudence intervient pourtant après une année très solide pour la compagnie irlandaise. Pour l’exercice clos le 31 mars 2026, Ryanair a enregistré un bénéfice net avant éléments exceptionnels de 2,26 milliards d’euros, soit une hausse de 40 %. Le trafic a atteint environ 208 millions de passagers, en progression de 4 %.
Malgré ces résultats, la direction affirme qu’il est trop tôt pour fournir des prévisions fiables pour l’exercice 2027, car plusieurs variables restent imprévisibles : l’évolution du conflit, les prix du pétrole et la réaction de la demande des voyageurs.
Le carburant représente généralement 20 % à 35 % des coûts d’exploitation d’une compagnie aérienne, ce qui rend le secteur très sensible aux variations du pétrole.
La guerre et les tensions autour du détroit d’Ormuz, un passage maritime stratégique pour le pétrole mondial, ont provoqué une forte volatilité des marchés énergétiques. Toute perturbation prolongée pourrait réduire l’offre mondiale et faire grimper les prix du carburant aérien.
Même si Ryanair ne prévoit pas actuellement de pénurie de carburant en Europe cet été, la direction reconnaît que les profits pourraient subir « un peu de pression » si les prix du pétrole restent élevés.
Pour se protéger contre les chocs énergétiques, les compagnies aériennes utilisent souvent des contrats de couverture (« hedging ») qui fixent à l’avance une partie du prix du carburant.
Ryanair a sécurisé environ 80 % de ses besoins en carburant pour l’exercice 2027 à un prix proche de 67 dollars le baril.
Cette stratégie offre plusieurs avantages :
Mais la protection n’est pas totale. Une partie du carburant reste exposée aux prix du marché, et une hausse prolongée du pétrole finirait par peser sur les marges.
La situation ne concerne pas seulement Ryanair. Les compagnies aériennes européennes font face à plusieurs défis simultanés :
Dans ce contexte, même les transporteurs les plus efficaces doivent parfois baisser ou geler les tarifs pour stimuler la demande, ce qui réduit leurs marges.
Ryanair reste financièrement solide après une année record, mais la visibilité pour l’exercice 2027 s’est nettement réduite. Les tarifs estivaux devraient rester stables, tandis que la volatilité du pétrole et l’incertitude géopolitique maintiennent une pression sur les profits.
La couverture carburant protège partiellement la compagnie, mais elle ne peut pas compenser entièrement une combinaison de pétrole cher et de demande hésitante — un défi qui touche désormais l’ensemble de l’industrie aérienne européenne.