Mais la mise en œuvre de cet accord reste délicate. Des divergences persistent entre gouvernements européens et eurodéputés, et certains responsables jugent que les exigences du Parlement européen pourraient compliquer l’aboutissement des négociations.
Le négociateur en chef du Parlement européen, Bernd Lange, a reconnu que des progrès avaient été réalisés sur la suppression de certains droits de douane, tout en avertissant qu’« il reste encore du chemin à parcourir » pour finaliser l’accord.
Dans ce contexte, Kallas craint qu’une multiplication d’accords bilatéraux entre Washington et des capitales européennes n’affaiblisse la position de l’UE. L’un des principaux atouts de l’Union est en effet son marché unique — l’un des plus grands au monde — qui lui permet de négocier comme un bloc économique majeur.
Le message de Kallas intervient alors que l’UE peine à afficher une position commune sur plusieurs dossiers sensibles.
L’un des plus épineux concerne la stratégie vis‑à‑vis de la Russie. Les États membres restent divisés sur la question de savoir si l’Union devrait engager des discussions directes avec Moscou pour tenter de mettre fin à la guerre en Ukraine, certains préférant attendre afin d’affaiblir la position de la Russie avant toute négociation.
Ces divergences compliquent la formulation d’une stratégie diplomatique claire et illustrent précisément les fractures que Kallas souhaite éviter.
Du côté russe, la perspective de voir Kallas jouer un rôle dans d’éventuelles discussions avec Moscou suscite des critiques. Le porte‑parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a déclaré qu’elle aurait « beaucoup de difficultés » si elle devait devenir négociatrice avec la Russie.
Il a également suggéré que Moscou préférerait un interlocuteur européen n’ayant pas tenu de propos très critiques envers la Russie par le passé.
L’enjeu dépasse la seule diplomatie : il s’agit aussi de savoir si l’UE peut agir comme une véritable puissance géopolitique.
Entre tensions commerciales avec Washington, rivalité stratégique avec la Chine et guerre en Ukraine, l’Europe fait face à une pression internationale croissante. Pour Kallas, la conclusion est claire : si les États membres poursuivent des stratégies nationales divergentes, l’UE perdra le levier collectif qui constitue sa principale force.
À l’inverse, une position commune — qu’il s’agisse de commerce, de sécurité ou de diplomatie — permettrait à l’Europe de peser davantage face aux grandes puissances mondiales.