Dans les jours qui ont suivi le sommet, plusieurs observateurs ont décrit Taïwan comme la première grande épreuve pour la formule de « stabilité stratégique » annoncée par les deux dirigeants.
La raison est simple : la question de Taïwan touche simultanément à la souveraineté, à l’équilibre militaire dans la région et à la légitimité politique de Pékin. De son côté, la politique américaine envers l’île constitue depuis des décennies un point de friction majeur dans les relations sino‑américaines. Une crise autour de Taïwan pourrait donc rapidement fragiliser l’équilibre que les deux dirigeants disent vouloir préserver.
Après la rencontre, une différence notable est apparue dans la manière dont les deux capitales ont présenté la question taïwanaise.
Cette différence reflète des stratégies diplomatiques distinctes. Pékin souligne fortement la centralité de Taïwan pour rappeler qu’il s’agit d’une question de souveraineté nationale. Washington, lui, conserve traditionnellement une formulation plus mesurée afin de maintenir une marge de manœuvre diplomatique.
Pour la Chine, Taïwan constitue ce que les autorités appellent un « intérêt fondamental » — une question directement liée à l’intégrité territoriale et à la souveraineté nationale.
Dans cette perspective, la stabilité des relations sino‑américaines dépend en grande partie de la manière dont les États‑Unis gèrent plusieurs dossiers liés à l’île, notamment :
Pékin considère ces éléments comme des défis potentiels à sa souveraineté, et donc comme des facteurs susceptibles de déstabiliser les relations bilatérales.
À l’issue du sommet, le ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi a déclaré que Pékin estimait que la délégation américaine comprenait la position de la Chine sur Taïwan.
Selon lui, les responsables chinois ont eu le sentiment, lors des discussions, que les États‑Unis reconnaissaient les préoccupations de Pékin et ne soutenaient pas l’indépendance de Taïwan. Cette interprétation a été présentée par la diplomatie chinoise comme un résultat positif du sommet.
De son côté, Donald Trump a également déclaré publiquement qu’il ne souhaitait pas voir Taïwan déclarer une indépendance formelle, appelant plutôt à calmer les tensions autour de la question.
L’épisode montre à quel point la nouvelle notion de « stabilité stratégique » reste fragile. Si Washington et Pékin ne parviennent pas à gérer leurs désaccords sur Taïwan, cette formule diplomatique pourrait rester davantage symbolique que réelle.
En d’autres termes, malgré les discours sur la coopération et la stabilité, Taïwan demeure au cœur de la rivalité stratégique entre les États‑Unis et la Chine — et probablement le test le plus délicat pour l’avenir de leur relation.