Un jalon important a été la création, en 2017, de l’Alliance européenne des batteries, une plateforme pilotée par l’industrie pour coordonner les investissements et accélérer la fabrication de batteries en Europe .
La stratégie plus récente de la Commission va plus loin : elle cherche à rendre viable la fabrication de batteries en Europe sur l’ensemble de la chaîne, depuis l’accès aux matières premières jusqu’au passage à l’échelle industrielle, en passant par les débouchés commerciaux et des conditions de concurrence jugées équitables . Autrement dit, l’Europe ne veut pas seulement assembler des voitures électriques. Elle veut garder davantage de valeur ajoutée dans les matériaux, les cellules, les packs, le recyclage et les savoir-faire industriels.
Une batterie dépend de matériaux que l’Europe a souvent importés : lithium, nickel, cobalt, graphite, entre autres. La stratégie européenne ne peut donc pas se limiter aux usines de cellules. Elle doit aussi couvrir l’extraction, le raffinage, la transformation, la diversification des fournisseurs et le recyclage.
C’est décisif parce que la Commission estime que la position chinoise est particulièrement forte non seulement dans les batteries finies, mais aussi dans les segments amont et intermédiaires de la chaîne .
L’UE utilise également les règles d’approvisionnement responsable pour encadrer l’entrée de ces matériaux sur son marché. Un document de Transport & Environment consacré à la filière européenne des batteries souligne que la réglementation européenne sur les batteries couvre des matériaux comme le lithium, le nickel, le cobalt et le graphite, avec des exigences d’approvisionnement responsable qu’ils soient produits en Europe ou importés .
La réglementation européenne n’est pas seulement un outil environnemental. Elle devient aussi un instrument de politique industrielle.
Le cadre européen des batteries met l’accent sur la durabilité, la traçabilité, les exigences sur l’ensemble du cycle de vie et le recyclage, et pas uniquement sur le volume produit . L’idée est simple : si toutes les batteries vendues sur le marché européen doivent respecter des standards plus stricts, les producteurs capables de prouver une chaîne d’approvisionnement plus transparente et moins carbonée disposent d’un terrain de concurrence différent du seul prix.
Cette logique vise à créer un écosystème européen de la batterie, et non une addition d’usines isolées. Les feuilles de route industrielles associent de plus en plus soutien financier, outils côté demande, exigences de contenu local, règles d’éco-conception et obligations de fin de vie comme des leviers complémentaires .
Le recyclage est l’un des leviers les plus importants à long terme. Il peut permettre de récupérer des matériaux précieux dans les batteries usagées et de réduire, avec le temps, l’exposition européenne aux importations de matières premières primaires.
Le Parlement européen identifie la durabilité et la sécurité des chaînes d’approvisionnement comme des objectifs centraux de la politique européenne des batteries, tandis que les propositions pour renforcer l’écosystème européen placent les règles de fin de vie et d’éco-conception aux côtés de l’investissement et du soutien à la demande .
Mais le calendrier compte. Le recyclage deviendra plus puissant lorsque les batteries des véhicules électriques actuellement en circulation arriveront massivement en fin de vie. Il ne peut donc pas remplacer immédiatement l’approvisionnement en matières premières primaires. C’est pourquoi la stratégie européenne combine recyclage, sécurisation de l’amont, transformation industrielle et soutien à la production.
La filière batterie est très capitalistique : construire une usine, sécuriser les approvisionnements, atteindre un niveau de qualité automobile et produire à grande échelle coûtent cher. L’Europe mise donc fortement sur l’action publique.
Selon le Parlement européen, l’UE combine financement, coordination et réglementation pour renforcer les chaînes d’approvisionnement en batteries . La stratégie « Battery Booster » de la Commission vise elle aussi à aider les fabricants européens à changer d’échelle, à bâtir des chaînes amont plus résilientes, à attirer des investissements créateurs de valeur et à soutenir la demande pour des produits fabriqués dans l’UE
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Ce tournant est important : le diagnostic de la Commission est que les efforts précédents n’ont pas empêché l’UE de devenir un grand importateur net de batteries . L’enjeu est donc désormais plus explicite : relier la production européenne à la demande des constructeurs automobiles et réduire la dépendance à des fournisseurs concentrés hors d’Europe.
L’autre volet de la stratégie passe par la politique commerciale. Le 29 octobre 2024, la Commission européenne a conclu une enquête antisubventions et imposé des droits compensateurs définitifs, pour cinq ans, sur les importations de véhicules électriques à batterie en provenance de Chine .
La mesure a été adoptée dans le cadre du règlement d’exécution (UE) 2024/2754 et s’applique depuis le 30 octobre 2024 . Les taux varient selon les constructeurs : 17,0 % pour BYD, 18,8 % pour Geely, 35,3 % pour SAIC, 20,7 % pour les autres entreprises ayant coopéré et 7,8 % pour Tesla après une demande d’examen individuel
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Ces droits concernent les véhicules électriques à batterie neufs en provenance de Chine, conçus principalement pour transporter jusqu’à neuf personnes, conducteur compris .
Ces mesures ne résument pas toute la stratégie européenne, mais elles envoient un message clair : l’UE veut que la transition électrique avance sans laisser les importations subventionnées fragiliser sa propre base industrielle.
L’Europe ne cherche pas nécessairement à bannir la Chine de son écosystème électrique. Des analystes de Bruegel estiment que l’UE ne devrait ni absorber passivement les capitaux chinois, ni les bloquer par principe. Elle devrait plutôt définir les conditions dans lesquelles les investissements chinois dans les véhicules électriques et les batteries peuvent servir ses objectifs climatiques, industriels et de sécurité .
La difficulté est la coordination. Bruegel souligne que les approches des États membres face aux investissements chinois restent fragmentées et incohérentes, ce qui affaiblit le pouvoir de négociation collectif de l’Europe . La prochaine étape ne dépend donc pas seulement des règles adoptées à Bruxelles, mais aussi de la capacité des pays membres à aligner leurs incitations, leurs contrôles des investissements et leurs priorités industrielles.
La stratégie européenne est un paquet de politique industrielle : construire des usines de batteries, sécuriser les minerais, localiser davantage de production à forte valeur ajoutée, imposer traçabilité et durabilité, recycler les matériaux, soutenir la demande et se défendre contre les importations subventionnées.
Mais il s’agit d’un effort de plusieurs années, pas d’une sortie rapide de la dépendance chinoise. Tant que la Chine dominera la production mondiale de batteries et une grande partie des étapes amont, le défi européen sera de transformer l’ambition réglementaire et politique en usines compétitives, chaînes d’approvisionnement résilientes et véritable puissance de marché coordonnée .