Un autre article, publié en 2020 dans Medical Hypotheses, décrit des changements de personnalité rapportés après transplantation cardiaque, regroupés en quatre grandes catégories : changements de préférences, modifications des émotions ou du tempérament, changements d’identité et souvenirs liés à la vie du donneur.
Ces publications sont utiles pour comprendre ce qui est affirmé. Elles ne transforment pas pour autant l’hypothèse en fait biologique établi.
Le cœur participe à une communication constante avec le système nerveux. L’article Beyond the Pump décrit notamment le réseau neural complexe du cœur, parfois appelé « cerveau du cœur », et la communication bidirectionnelle entre le cœur, le cerveau et d’autres organes.
C’est important : cette communication peut contribuer aux états corporels, aux réponses au stress, aux émotions et à la manière dont une personne perçoit son propre corps. Mais un réseau de signalisation n’est pas une mémoire autobiographique.
Autrement dit : la communication cœur-cerveau est réelle ; le transfert de souvenirs personnels ne l’est pas, à ce jour, de manière démontrée.
Une transplantation cardiaque est une expérience physique et psychologique majeure. Une revue consacrée aux résultats neurocognitifs après greffe cardiaque rappelle que la transplantation implique déjà de lourds enjeux physiologiques et immunologiques, comme le rejet du greffon et l’immunosuppression, tout en discutant des rapports controversés de changements de mémoire, de comportement et de personnalité.
Ce contexte rend les témoignages difficiles à interpréter. Un changement perçu comme « semblable au donneur » peut avoir de nombreuses explications possibles : récupération après une maladie grave, choc émotionnel lié à la greffe, effets des médicaments, stress identitaire, attentes du receveur ou de l’entourage, coïncidence, reconstruction du récit après coup.
Le point faible central des preuves disponibles est là : des histoires frappantes peuvent faire naître des hypothèses, mais elles ne prouvent pas à elles seules un transfert de mémoire.
Les publications disponibles soutiennent une conclusion prudente :
La formulation la plus juste n’est donc pas « le cœur a des souvenirs ». Elle serait plutôt : certains chercheurs ont décrit et théorisé des changements ressemblant à des souvenirs après une greffe cardiaque, mais les preuves fiables d’un transfert de mémoire du donneur manquent.
Pour rendre l’hypothèse scientifiquement convaincante, il ne suffirait pas de recueillir des récits étonnants. Il faudrait des études capables de limiter les biais, par exemple :
Sans ce type de méthode, l’idée reste intrigante, mais non prouvée.
Il existe des preuves solides que le cœur et le cerveau communiquent, et des publications médicales discutent de changements psychologiques inhabituels après transplantation cardiaque.
Mais il n’existe pas, à ce jour, de preuve fiable que le cœur stocke des souvenirs personnels ou transmette l’identité, les goûts, les émotions ou les expériences de vie d’un donneur.
La conclusion la plus défendable est donc simple : le cœur peut influencer nos états émotionnels et corporels, mais la recherche actuelle ne montre pas qu’il contienne des souvenirs personnels transférables.