La vague actuelle de l’IA n’est pas identique à la bulle internet de la fin des années 1990. Plusieurs analyses soulignent que beaucoup des grands bénéficiaires actuels de l’IA sont des entreprises établies et rentables, et non seulement des sociétés spéculatives aux modèles de revenus encore fragiles . Cela rend moins probable une répétition simple et mécanique du krach des dot-com.
Mais une bonne entreprise peut tout de même être trop chère. Dans ses perspectives de marché pour 2026, Betterment explique que la hausse des actions en 2025 a été largement portée par la course des grandes entreprises technologiques à l’IA, tandis que l’enthousiasme des investisseurs reposait de plus en plus sur des profits attendus plutôt que sur des bénéfices déjà visibles . Bloomberg décrit aussi les dépenses liées à l’IA comme une force importante de soutien à la croissance à un moment inhabituel du cycle économique .
C’est tout le nœud du débat : la technologie peut être réelle, et les attentes du marché peuvent malgré tout être excessives.
Le risque de bulle augmente lorsque les valorisations dépendent fortement de profits qui ne sont pas encore là. Betterment signale précisément ce point : l’enthousiasme de marché autour de l’IA repose de plus en plus sur des attentes de rentabilité future plutôt que sur les résultats actuels .
Cela ne prouve pas que le marché se trompe. Mais cela rend les valeurs liées à l’IA vulnérables à la moindre déception. Si la monétisation, les marges ou l’adoption par les entreprises progressent plus lentement que prévu, même des sociétés de grande qualité peuvent être réévaluées à la baisse.
Le cycle de l’IA repose sur des investissements lourds : puces, centres de données, capacité cloud, énergie et infrastructures connexes. Betterment note que ces investissements dans l’infrastructure IA ont intensifié les discussions sur une possible bulle , tandis que Bloomberg présente les dépenses IA comme une force macroéconomique importante pour 2026 . Des commentaires de marché ont aussi rapproché l’actuel boom des dépenses d’investissement, ou capex, de la phase de construction massive de l’époque dot-com .
Construire des infrastructures peut créer de la valeur. Mais on peut aussi construire trop vite. Le risque n’est pas seulement que les entreprises dépensent beaucoup ; il est que les dépenses augmentent plus vite que la demande payante, le taux d’utilisation ou le retour sur capital.
L’IA est devenue un thème très concentré en Bourse. Betterment attribue une grande partie du rallye de 2025 à la course des Big Tech, c’est-à-dire les grands groupes technologiques américains, dans l’IA . The Next Web compare les actions liées à l’IA à la bulle dot-com en soulignant une concentration de marché très élevée, tout en rappelant que beaucoup des entreprises leaders aujourd’hui sont effectivement rentables .
Une hausse concentrée n’est pas automatiquement une bulle. Mais elle accroît le risque au niveau des grands indices : si un petit nombre de mégacapitalisations liées à l’IA porte une part importante de la performance, une déception sur ces titres peut toucher des investisseurs qui pensaient être largement diversifiés.
Les mesures générales de valorisation expliquent aussi pourquoi la comparaison revient. The Motley Fool cite le ratio Shiller CAPE du S&P 500 — un indicateur qui rapporte le niveau de l’indice aux bénéfices réels moyens sur dix ans — comme un signal de prudence : il ne serait pas aussi élevé qu’en 2000, mais suffisamment haut pour nourrir les inquiétudes de bulle . The Next Web situe le débat autour d’un CAPE à 38 et d’une concentration de marché supérieure aux niveaux de 2000 .
Ces indicateurs ne disent pas quand une correction aura lieu. Ils indiquent surtout combien de succès futur est déjà incorporé dans les prix.
La grande différence avec 2000 tient à la qualité de nombreux leaders cotés. Des analyses d’IntuitionLabs, de Janus Henderson et de The Next Web insistent sur le fait que beaucoup de bénéficiaires de l’IA sont des entreprises rentables et installées, plutôt que seulement des sociétés spéculatives à l’historique opérationnel limité .
C’est important : une correction menée par des acteurs rentables ne ressemblerait pas à l’effondrement d’entreprises sans modèle économique solide. Cela ne les protège pas pour autant d’une survalorisation.
Morgan Stanley rappelle que, dans les grandes vagues technologiques, la valeur boursière ne revient pas seulement aux fournisseurs de technologie, mais aussi aux entreprises qui savent l’appliquer efficacement . Ses perspectives IA pour 2026 invitent les investisseurs à regarder au-delà du chiffre d’affaires direct des services IA et à intégrer le levier opérationnel possible grâce aux gains de productivité permis par l’IA .
C’est une distinction clé. Un cycle IA plus mature ne sera pas jugé uniquement sur les ventes de puces ou les dépenses cloud. Il devra aussi apparaître dans les comptes des entreprises utilisatrices : coûts plus bas, processus plus rapides, marges améliorées ou autres gains de productivité mesurables .
Les perspectives de marché pour 2026 décrivent une histoire très liée aux Big Tech et aux dépenses d’infrastructure . Cela diffère d’un récit dominé principalement par de jeunes sociétés récemment cotées et aux modèles économiques précaires.
La contrepartie est simple : les acteurs installés ont davantage de ressources, de clients et de flux de trésorerie, mais leurs valorisations peuvent déjà supposer des retombées très importantes de l’IA. Dans ce cas, il n’est pas nécessaire que l’IA échoue pour que les actions IA baissent ; il suffit que les bénéfices arrivent plus lentement que prévu.
| Signal à suivre | Lecture rassurante | Lecture à risque de bulle |
|---|---|---|
| Capex IA contre revenus | Les infrastructures se transforment en demande client durable | Les dépenses augmentent plus vite que les revenus, l’utilisation ou les retours sur capital |
| Bénéfices contre attentes | La rentabilité attendue de l’IA commence à apparaître dans les résultats | Les valorisations restent dépendantes de profits qui ne sont pas encore matérialisés |
| Gains de productivité | Les entreprises utilisatrices transforment l’IA en levier opérationnel mesurable | Les pilotes et démonstrations ne se traduisent pas dans les résultats publiés |
| Largeur du marché | Les gains s’étendent au-delà de quelques mégacapitalisations IA | La performance des indices reste concentrée dans un petit groupe de valeurs liées à l’IA |
| Discipline de valorisation | La croissance des bénéfices rattrape des multiples élevés | Les grands indicateurs de valorisation laissent peu de place à la déception |
Une réévaluation de type dot-com deviendrait plus plausible si plusieurs signaux apparaissaient en même temps :
Ces signaux ne prouveraient pas que l’IA est une technologie ratée. Ils montreraient surtout que les investisseurs ont peut-être payé trop cher, trop tôt.
Le scénario favorable ne consiste pas à dire que toutes les actions IA sont sûres. Il suppose plutôt qu’une part suffisante des dépenses actuelles se transforme en chiffre d’affaires, en efficacité et en demande durable.
Ce scénario deviendrait plus solide si les infrastructures étaient bien utilisées, si les fournisseurs d’IA transformaient les profits attendus en bénéfices réels, si les entreprises utilisatrices publiaient des gains de productivité visibles et si la performance de marché s’élargissait au-delà d’une poignée de leaders liés à l’IA .
L’IA n’est probablement pas le prochain krach dot-com au sens le plus simple. Beaucoup des entreprises au centre de la vague actuelle sont plus solides, plus rentables et plus intégrées aux marchés technologiques existants que nombre d’acteurs de l’époque internet .
Mais l’analogie reste utile, car une technologie réelle peut produire de mauvais rendements si elle est achetée trop cher. En 2026, le test décisif sera de voir si les profits, la productivité et la demande client peuvent rattraper les dépenses IA et les attentes déjà inscrites dans les prix de marché .