Tous les professionnels ne voient toutefois pas l’IA comme une menace existentielle. Pour certains réalisateurs, elle pourrait devenir une étape technique supplémentaire dans la chaîne de production — comparable à l’arrivée des effets numériques (CGI) dans les années 1990.
Le réalisateur français Xavier Gens a ainsi expliqué que son film Netflix Under Paris aurait pu être produit bien plus rapidement grâce à l’IA. Selon lui, les effets visuels auraient coûté environ 2 millions d’euros au lieu de 4 millions, et le travail aurait pu être réalisé en quelques mois plutôt qu’en près d’un an .
Dans cette perspective, l’IA servirait surtout à accélérer ou automatiser certaines tâches :
Les défenseurs de ces usages estiment que ces outils pourraient rendre des projets ambitieux plus accessibles aux studios indépendants et aux productions à budget limité.
Plutôt que d’interdire totalement l’intelligence artificielle, le Festival de Cannes semble chercher un compromis. L’idée consiste à distinguer les films assistés par l’IA de ceux dont la création serait principalement générée par elle.
Ainsi, les organisateurs n’interdisent pas les outils d’IA, mais les films dont l’écriture, la réalisation ou les performances seraient majoritairement produites par des systèmes génératifs ne peuvent pas concourir pour la Palme d’Or, la récompense principale du festival .
Le délégué général du festival, Thierry Frémaux, a même évoqué une idée supplémentaire : un label indiquant qu’un film a été réalisé sans intelligence artificielle, comparable aux labels « bio » dans l’alimentation .
Un tel label ne bannirait pas les films utilisant l’IA, mais offrirait au public et aux festivals une manière d’identifier les œuvres reposant entièrement sur un processus créatif humain.
L’Academy of Motion Picture Arts and Sciences, l’organisation qui remet les Oscars, a également introduit de nouvelles règles concernant l’IA.
Les lignes directrices récentes précisent notamment que :
L’Académie ne bannit pas totalement l’IA. Elle peut toujours être utilisée dans certains domaines techniques comme les effets visuels, le montage ou le son. Mais l’objectif est clair : protéger l’auteur et l’interprétation humaine dans les catégories artistiques principales.
Le débat observé à Cannes dépasse largement le cadre d’un seul festival. Il reflète une transformation profonde du cinéma et, plus largement, des industries culturelles.
La question n’est plus de savoir si l’IA sera utilisée dans les films — c’est déjà le cas. L’enjeu est désormais de déterminer où placer la frontière entre :
Pour l’instant, les festivals et les institutions semblent converger vers une position intermédiaire : accepter l’IA comme outil, mais préserver le rôle central des créateurs humains. Les règles qui émergent aujourd’hui à Cannes et aux Oscars pourraient bien définir, pour les années à venir, la différence entre un film fait avec la technologie et un film fait par elle.