La demande est massive. En 2025, les quatre plus grands concepteurs de puces d’IA ont consommé environ 90 % de la capacité mondiale de packaging CoWoS et de mémoire HBM, illustrant à quel point ces technologies sont cruciales pour les systèmes d’IA les plus avancés.
Au cœur de cet écosystème se trouve TSMC (Taiwan Semiconductor Manufacturing Company), le plus grand fabricant de puces à façon au monde.
L’entreprise détient environ 70 % du marché mondial des fonderies de semi‑conducteurs indépendantes et fabrique une grande partie des puces les plus avancées utilisées dans le calcul haute performance et l’intelligence artificielle.
Plus largement, l’industrie des semi‑conducteurs taïwanaise domine une grande partie du marché mondial. Certaines estimations indiquent que l’île produit environ 60 % des semi‑conducteurs mondiaux et près de 95 % des puces les plus avancées.
Concrètement, cela signifie que de nombreux processeurs utilisés dans les centres de données — des GPU aux accélérateurs spécialisés pour l’IA — sont conçus par des entreprises américaines ou internationales, mais fabriqués à Taïwan avant d’être intégrés dans l’infrastructure cloud mondiale.
La fabrication du silicium n’est que la première étape. Une fois les dies produits, ils doivent être combinés avec la mémoire et les interconnexions à très haute vitesse grâce au packaging avancé.
Cette étape est devenue l’un des principaux points de blocage de la chaîne d’approvisionnement de l’IA.
Les puces modernes utilisent des technologies comme CoWoS pour empiler et connecter plusieurs composants dans un seul package. Cela augmente fortement la bande passante et la performance, permettant aux processeurs d’IA de gérer les volumes massifs de données des modèles d’apprentissage automatique.
Plusieurs tendances montrent l’importance croissante de cette étape :
Autrement dit, construire de nouvelles usines de semi‑conducteurs ne suffit pas. Sans packaging avancé et intégration de mémoire, les puces ne peuvent pas devenir des accélérateurs d’IA fonctionnels.
La difficulté de remplacer Taïwan vient du fait que sa force ne repose pas sur une seule entreprise.
L’île abrite un réseau dense de fournisseurs de matériaux, d’entreprises de packaging, de fabricants d’équipements, de centres de test et d’ingénieurs spécialisés. Ensemble, ils forment l’un des écosystèmes industriels les plus sophistiqués du monde dans les semi‑conducteurs.
Cette proximité industrielle permet des cycles d’innovation rapides et une intégration étroite entre conception, fabrication, assemblage et test.
Un tel système s’est construit sur plusieurs décennies. Le reproduire ailleurs nécessite non seulement des usines, mais aussi une main‑d’œuvre qualifiée, des fournisseurs spécialisés et un savoir‑faire accumulé dans toute la chaîne de production.
Les États‑Unis dominent plusieurs couches de la pile technologique de l’IA :
Des entreprises comme Nvidia, AMD, Apple ou Google conçoivent certains des processeurs les plus puissants au monde.
Mais leur production physique se fait souvent à l’étranger.
La fabrication américaine de semi‑conducteurs représente aujourd’hui environ 10 % de la production mondiale, et le pays ne dispose pas encore d’une capacité suffisante pour produire à grande échelle les nœuds technologiques les plus avancés. Les concepteurs américains dépendent donc fortement de partenaires à Taïwan et en Corée du Sud pour fabriquer leurs puces les plus sophistiquées.
Cette interdépendance signifie que l’accès à l’écosystème taïwanais influence directement la capacité des entreprises américaines à déployer des infrastructures d’IA à grande échelle.
À cause de cette concentration technologique, Taïwan est devenu un élément central de la rivalité stratégique entre les États‑Unis et la Chine.
Des analystes politiques décrivent souvent l’île comme un nœud critique de la chaîne d’approvisionnement mondiale des semi‑conducteurs, avertissant qu’une perturbation de son industrie aurait des conséquences « sans précédent » pour l’économie mondiale.
L’IA, les semi‑conducteurs et la fabrication avancée sont désormais au cœur de la compétition géopolitique. Le contrôle — ou la perturbation — de la chaîne d’approvisionnement qui produit les puces avancées peut influencer la puissance économique, les capacités militaires et le leadership technologique.
Pour cette raison, de nombreux experts estiment que Taïwan ne doit pas être considéré comme une simple monnaie d’échange diplomatique, mais plutôt comme une pierre angulaire de l’ordre technologique moderne.
Les gouvernements et les entreprises cherchent à réduire la concentration de la chaîne d’approvisionnement. Des initiatives comme le CHIPS Act aux États‑Unis et de nouvelles usines au Japon, en Europe ou en Arizona visent à diversifier la production.
Mais recréer les capacités de Taïwan prendra du temps.
Les usines de pointe coûtent des dizaines de milliards de dollars et nécessitent plusieurs années de construction. Même une fois opérationnelles, elles dépendent toujours d’un écosystème plus large de packaging, de fournisseurs et de talents spécialisés.
Ainsi, malgré les nouvelles installations en cours de construction, la chaîne industrielle qui alimente les systèmes d’IA les plus avancés reste encore largement ancrée à Taïwan.
L’essor mondial de l’intelligence artificielle repose sur une infrastructure physique : puces, mémoire, packaging et capacités industrielles.
Aujourd’hui, une grande partie de cette infrastructure passe par Taïwan.
C’est pourquoi l’écosystème des semi‑conducteurs de l’île se trouve à l’intersection de la politique technologique, de la sécurité économique et de la géopolitique. Tant que la chaîne mondiale des puces ne sera pas beaucoup plus diversifiée, Taïwan restera l’un des fondements les plus critiques — et les plus surveillés — de l’ère de l’IA.