Le groupe explique que le segment des petites voitures bon marché a été progressivement abandonné par l’industrie automobile. Les coûts liés à l’électrification et aux réglementations de sécurité rendent ces véhicules difficiles à produire avec profit, poussant les fabricants vers des voitures plus grandes et plus rentables .
La stratégie portée par le directeur général Antonio Filosa consiste à relancer cette catégorie avec une plateforme électrique conçue pour être simple et peu coûteuse. Stellantis estime que ce segment possède un fort potentiel de volume, notamment dans les villes européennes où la demande pour des véhicules zéro émission abordables augmente .
Produire ces voitures directement en Europe — à Pomigliano d’Arco, un site industriel historique de Fiat — permet également de maintenir l’emploi et les capacités de production locales tout en alimentant le marché européen avec des véhicules fabriqués sur place .
Stellantis possède l’un des portefeuilles de marques les plus larges de l’industrie automobile : Fiat, Citroën, Peugeot, Opel, entre autres. Plutôt que de lancer un seul modèle, le projet E‑Car doit servir de base technique commune pour plusieurs petites voitures vendues sous différentes marques.
Cette approche permet de répartir les coûts de développement sur de grands volumes — un facteur crucial pour l’électrique, où la batterie et la plateforme représentent une grande partie du coût total.
En pratique, la plateforme E‑Car pourrait devenir l’architecture électrique abordable du groupe pour ses marques grand public en Europe.
Un autre pilier du projet est la coopération industrielle. Stellantis a récemment annoncé vouloir renforcer son partenariat avec le constructeur chinois Leapmotor afin d’accélérer le développement de véhicules électriques plus abordables à l’échelle mondiale .
Selon plusieurs informations du secteur, Stellantis pourrait également s’appuyer sur des partenaires pour certaines technologies — notamment les batteries et l’architecture électrique — afin de réduire les coûts et accélérer le développement .
Cette collaboration pourrait être déterminante face à la concurrence croissante des constructeurs chinois, qui ont montré leur capacité à produire des voitures électriques compactes à des prix plus bas.
Le projet intervient dans un contexte de réajustement stratégique pour Stellantis. Le groupe a enregistré 153,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2025, mais aussi une perte nette de 22,3 milliards d’euros, liée en grande partie à des charges exceptionnelles associées à une révision de sa stratégie d’électrification .
Ces charges reflètent un constat : la transition vers l’électrique avance plus lentement que prévu. Stellantis a donc adopté une approche plus flexible, combinant véhicules électriques, hybrides et moteurs thermiques selon les marchés.
Dans ce contexte, les véhicules électriques abordables restent essentiels en Europe, où les normes d’émissions de plus en plus strictes poussent les constructeurs vers des solutions zéro émission.
Si Stellantis atteint cet objectif, l’E‑Car pourrait devenir l’une des voitures électriques les moins chères produites en Europe. Ce niveau de prix répond directement à l’un des principaux freins à l’adoption des véhicules électriques : le coût d’achat initial.
Mais atteindre ce prix nécessitera une discipline extrême sur toute la chaîne de valeur : coût des batteries, conception de la plateforme, efficacité industrielle et approvisionnement. À ce stade, Stellantis n’a pas encore confirmé les caractéristiques techniques du véhicule, ni la chimie de batterie utilisée, ni si les 15 000 € correspondent au prix avant ou après aides publiques.
Au‑delà d’un simple modèle, le projet E‑Car représente une tentative de reconnecter l’électrification avec l’une des forces historiques de l’industrie automobile européenne : produire des voitures simples, abordables et fabriquées localement.
Si le pari fonctionne, il pourrait relancer un segment oublié du marché et renforcer la compétitivité de Stellantis face aux nouveaux entrants. Dans le cas contraire, il montrerait à quel point il est devenu difficile de construire une voiture électrique vraiment bon marché en Europe.