Parallèlement, une tension marquée divise le récit. D'un côté : une envolée des commandes IA, des achats d'actions par des dirigeants et une vague de relèvements d'objectifs par les analystes. De l'autre : un scepticisme persistant du marché, alimenté par un free cash-flow négatif, l'affaiblissement de l'activité télécoms historique et un titre qui a déjà bondi de 440 % en un an .
En août 2026, Indosat Ooredoo Hutchison (IOH), le groupe Ooredoo, NVIDIA et Nokia ont lancé Zankore by Indosat, une plateforme de calcul IA et de néocloud dédiée en Indonésie, ciblant l'Asie du Sud-Est . Ooredoo mène un investissement de plusieurs milliards de dollars pour construire 1 gigawatt (GW) de capacité de l'usine IA NVIDIA DSX. La première phase, attendue au premier semestre 2027, fournira environ 200 mégawatts (MW) de capacité de calcul IA utilisant les systèmes NVIDIA GB300 NVL72 .
Le rôle de Nokia est de fournir l'infrastructure de réseau optique, de routage IP et de RAN 5G qui connecte la « toile » IA . Par ailleurs, Nokia et Indosat ont signé un contrat commercial national pour déployer une architecture AI-RAN, avec des essais terrain d'ici fin 2026 et un déploiement généralisé prévu en 2027 . Nokia déploie la 5G basse et moyenne bande sur l'ensemble du réseau d'Indosat, permettant l'inférence IA en périphérie du réseau en collaboration avec NVIDIA .
En juillet 2026, Nokia a signé un accord d'extension 5G avec Taiwan Mobile — sa mise à niveau la plus importante et la plus ambitieuse sur le plan technique depuis 2020 . L'accord intègre l'inférence IA directement dans le réseau d'accès radio (RAN) via le portfolio AirScale de Nokia et quatre applications IA distinctes : intelligence réseau, gestion de l'énergie, automatisation et résilience .
Ce qui avait commencé comme un protocole d'accord en mars 2025 est passé à un déploiement commercial à l'échelle du réseau . Plutôt que d'ajouter simplement de la capacité matérielle, Nokia déploie des logiciels pilotés par l'IA qui permettent au réseau de s'ajuster, de se réparer et de s'alimenter automatiquement . Taïwan devient ainsi un banc d'essai pour l'infrastructure mobile native IA .
Les chiffres sont frappants. Les commandes IA et cloud de Nokia sont passées de 1 milliard d'euros au T1 2026 à 2,8 milliards d'euros au T2 2026, le segment IA & Cloud ayant plus que doublé ses ventes sur un an . Le Wall Street Journal a noté que Nokia est passé des téléphones à la fourniture « d'infrastructures cruciales à l'intérieur des centres de données qui soutiennent le boom de l'IA » .
Les dirigeants ont acheté des actions. Le PDG Justin Hotard, le directeur du développement Konstanty Owczarek et des cadres supérieurs comme Victoria Hanrahan et Kristen Pressner ont tous effectué des achats sur le marché libre cette année . Le 24 juillet seulement, trois initiés ont acheté un total de 165 293 titres . BofA a relevé son objectif de cours pour Nokia à 18,50 $ et a maintenu sa recommandation d'achat, tandis que JPMorgan a réitéré sa surpondération et un objectif de cours de 18,00 € . SEB Equities a relevé Nokia à l'achat avec un objectif de 12 € .
Malgré ces signaux, plusieurs préoccupations concrètes incitent de nombreux investisseurs à la prudence.
Le free cash-flow reste négatif. Au T2 2026, les commandes IA et cloud ont atteint 6,3 fois le chiffre d'affaires trimestriel de Nokia, mais le free cash-flow était toujours négatif, ce qui soulève des questions sur le financement et la rentabilité future du carnet de commandes .
L'activité télécoms historique s'affaiblit. Les investisseurs pèsent les ambitions IA de Nokia face au ralentissement des opérations historiques, aux risques d'exécution et à l'absence d'accélération significative des bénéfices à court terme . Le titre a chuté d'environ 7 % après le lancement de l'AI-RAN et les résultats du T2, le marché se concentrant sur la pression sur les marges à court terme plutôt que sur le volume des commandes .
Le titre a déjà bondi de 440 % en un an. Après une telle progression — le titre a atteint son plus haut niveau en 16 ans — de nombreux investisseurs institutionnels doutent que l'histoire de l'IA puisse générer une croissance des bénéfices suffisamment rapide pour justifier la valorisation . Les analystes de BofA et JPMorgan ont explicitement noté que leurs recommandations d'achat reposent sur le carnet de commandes IA « malgré des prévisions à court terme modestes » .
Les achats d'initiés sont modestes par rapport à la capitalisation boursière. Bien que les achats d'initiés soient un signal haussier directionnel, les montants absolus — des dizaines de milliers d'actions, pas des millions — sont modestes pour une entreprise dont la capitalisation boursière se chiffre en milliards d'euros .
Nokia remporte d'importants contrats d'infrastructure IA en Asie qui le positionnent bien pour le moyen terme. Les plateformes Zankore et l'accord avec Taiwan Mobile sont des engagements réels et pluriannuels de la part de partenaires majeurs. Le pipeline de commandes croît rapidement. Mais le marché veut voir ces commandes se convertir en free cash-flow positif et en croissance significative du BPA avant d'intégrer pleinement cette transformation dans le cours de l'action.
Pour l'instant, Nokia reste une histoire à deux vitesses : une entreprise qui exécute un virage crédible vers l'IA sur le terrain, mais qui se négocie encore sur des promesses plutôt que sur des profits.