Téhéran, lui, propose une approche différente : rouvrir d’abord le détroit d’Ormuz et lever le blocus économique, puis discuter ensuite d’un accord plus large sur le nucléaire.
Cette divergence sur l’ordre des concessions crée un blocage classique :
D’autres points restent également non résolus, notamment l’avenir du stock d’uranium enrichi iranien et l’accès à des revenus gelés à l’étranger.
Sans compromis sur ces questions fondamentales, les cycles de négociation échouent régulièrement avant d’aboutir à un accord global.
Le détroit d’Ormuz est l’un des corridors énergétiques les plus stratégiques au monde. En temps normal, environ un cinquième du pétrole et du gaz naturel liquéfié mondial y transite.
Une perturbation dans ce passage étroit a donc des répercussions immédiates sur les marchés internationaux.
Selon l’Energy Information Administration (EIA) américaine, les perturbations du trafic maritime et les risques sécuritaires ont conduit plusieurs producteurs du Golfe à suspendre collectivement environ 7,5 millions de barils par jour de production de pétrole brut.
Même en cas de cessez‑le‑feu, les analystes estiment que le retour à des flux normaux pourrait prendre des mois, en raison des dégâts logistiques, des risques pour les pétroliers et des difficultés d’assurance pour les navires.
Autrement dit, le détroit d’Ormuz n’est pas seulement un point militaire stratégique : c’est aussi un puissant levier économique dans les négociations.
Les marchés énergétiques ont réagi très rapidement à cette incertitude.
Le prix du Brent a dépassé environ 107 dollars le baril, les investisseurs anticipant des perturbations prolongées de l’offre mondiale.
Plusieurs facteurs alimentent cette hausse :
L’Agence internationale de l’énergie (IEA) estime que la guerre a provoqué l’une des plus grandes perturbations de l’approvisionnement pétrolier mondial depuis des décennies, avec des effets en chaîne sur les prix des carburants, l’inflation et la croissance économique.
Plus le blocage dure, plus l’économie mondiale en subit les conséquences.
La stratégie américaine repose largement sur la coercition : pression militaire, sanctions économiques et blocage maritime afin de forcer l’Iran à céder.
Mais cette approche se heurte à un problème structurel.
L’Iran possède un outil asymétrique qui affecte directement l’économie mondiale : sa capacité à perturber le détroit d’Ormuz. En augmentant les coûts économiques de l’escalade — y compris pour les économies occidentales — Téhéran peut contrebalancer une partie de la pression militaire américaine.
Cela limite l’efficacité de la stratégie coercitive. Si Washington intensifie l’action militaire, il risque d’aggraver le choc pétrolier qu’il cherche justement à éviter.
À l’inverse, accepter les conditions iraniennes pourrait permettre à Téhéran d’affirmer que sa résistance a forcé des concessions sur les sanctions et l’accès au commerce maritime.
Cette tension réduit la marge de manœuvre diplomatique de chaque camp.
Dans ce contexte, l’Iran a annoncé la réouverture de son marché boursier après une suspension liée à la guerre.
Cette décision semble viser plusieurs objectifs :
La reprise des échanges boursiers ne signifie pas que l’économie iranienne est en bonne santé. Les sanctions, les perturbations commerciales et les risques militaires continuent de peser lourdement.
Mais cette mesure envoie un signal politique : celui d’une tentative de stabilisation interne et de confiance affichée, malgré la pression extérieure.
Le conflit s’est transformé en impasse stratégique : la puissance militaire seule ne suffit pas à produire un résultat politique.
L’Iran ne peut pas vaincre les États‑Unis militairement, mais il peut imposer des coûts économiques mondiaux. Les États‑Unis, eux, peuvent maintenir une pression considérable — au risque de déstabiliser les marchés énergétiques et l’économie mondiale.
Tant que le détroit d’Ormuz restera un levier central et que les négociations nucléaires resteront bloquées, la confrontation devrait continuer à osciller entre escalade et diplomatie — avec des conséquences bien au‑delà du Moyen‑Orient.