Fin mars, le contrat s’est stabilisé près d’un plus haut de trois ans, aux alentours de 59 €/MWh. La déclaration de force majeure a exercé une « pression haussière durable sur les prix spot européens », selon S&P Global . Les importateurs du Vieux Continent se sont alors retrouvés piégés dans une compétition féroce et coûteuse avec les acheteurs asiatiques pour attirer les cargaisons alternatives. Un mécanisme qui alimente directement l’inflation pour les ménages et érode la compétitivité des industries européennes
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Les dégâts matériels subis par le Qatar aggravent l’incertitude. Les frappes de missiles iraniens des 18 et 19 mars ont endommagé deux des quatorze trains de liquéfaction de Ras Laffan, la plus grande usine de GNL au monde, mettant hors service environ 17 % de la capacité d’exportation du pays, soit 12,8 millions de tonnes par an . Le PDG de QatarEnergy, Saad al-Kaabi, a déclaré que les réparations pourraient prendre de trois à cinq ans
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Le cabinet de conseil Wood Mackenzie a estimé que même les douze trains restés intacts ne pourraient pas redémarrer complètement avant la fin du mois d’août au plus tôt . La Russie mise hors-jeu en 2022, c’est désormais le Qatar, deuxième exportateur mondial de GNL, que l’Europe voit disparaître du jour au lendemain.
Avant le conflit, environ 20 % du commerce mondial de GNL transitait par le détroit d’Ormuz. L’Europe tirait 12 à 14 % de son GNL du Qatar, la totalité passant par ce corridor large de seulement 33 kilomètres . Le 28 février 2026, l’Iran a effectivement bloqué le détroit après que les États-Unis et Israël eurent lancé des frappes
. Même si Ras Laffan était resté intacte, aucun méthanier n’aurait pu quitter le Golfe Persique. Il n’existe tout simplement pas de route alternative viable pour le GNL qatari
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Cette paralysie révèle une vérité inconfortable. L’Europe a certes réussi à se sevrer du gaz russe acheminé par gazoducs après l’invasion de l’Ukraine, mais la crise qatarie démontre que cette dépendance n’a pas disparu : elle s’est simplement déplacée d’un goulet d’étranglement terrestre – les gazoducs ukrainiens et Nord Stream – vers un goulet maritime situé à l’autre bout du monde. C’est le constat posé par les chercheurs de l’Institut d’économie de transition de Stockholm (SITE), pour qui l’Europe a « troqué une dépendance pour une autre : celle du marché mondialisé du GNL, exposé à des routes maritimes fragiles » .
La banque japonaise Nomura a identifié l’Asie et l’Europe comme les régions « les plus exposées » au blocus . La Deutsche Bank présente le conflit d’Ormuz comme un « risque macroéconomique majeur » pour l’Europe, avec des vents contraires frappant de plein fouet l’industrie manufacturière énergivore et l’inflation
. Le Conseil européen des relations internationales (ECFR) estime que cette crise rend urgente la diversification des routes d’approvisionnement et l’accélération des mandats de stockage stratégique de gaz
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L’Europe est entrée en 2026 avec des niveaux de stockage de gaz plus bas que l’année précédente, ce qui amplifie sa fragilité . Fin mai, Reuters a rapporté que si la fermeture d’Ormuz persiste encore un à trois mois, l’Europe serait confrontée à une pénurie critique de gaz, les réserves pouvant tomber sous le seuil de sécurité nécessaire pour l’hiver suivant
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Helle Ostergaard Kristiansen, vice-présidente senior pour le trading gaz et électricité chez Equinor, a modélisé ce scénario : « Si la guerre s’arrêtait demain, avec une réouverture rapide du détroit, nous pourrions atteindre un niveau de stockage acceptable, bien que tendu, de 75 %. Mais si la fermeture dure encore un à trois mois, cela pourrait devenir critique » .
Goldman Sachs s’est montré encore plus alarmiste début mars, avertissant qu’une fermeture d’un mois complet pourrait pousser le TTF vers 74 €/MWh, soit 130 % au-dessus des niveaux d’avant-crise – le seuil qui, pendant la crise énergétique de 2022, avait déclenché des mesures d’urgence sur la demande . Ce mécanisme est d’autant plus explosif que le marché mondial du GNL était déjà sous tension avant ces événements. L’Europe doit désormais surenchérir face à l’Asie pour chaque cargaison spot venue des États-Unis ou d’ailleurs, une prime de remplacement qui alimente directement l’inflation, alors même que les banques centrales commençaient tout juste à maîtriser la flambée des prix
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Le détail des perturbations chez Edison illustre bien la chronique d’une crise annoncée. L’entreprise détient un accord de long terme avec QatarEnergy pour 6,4 milliards de mètres cubes de GNL par an, livrés au terminal d’Adriatic LNG, au nord de l’Italie . La première notification de force majeure est tombée le 5 mars 2026, invoquant « l’hostilité dans la zone » et annulant les cargaisons à partir d’avril
. Le 27 mars, la perturbation était étendue jusqu’à mi-juin
. Une nouvelle notification, le 5 mai, a ajouté deux cargaisons supplémentaires
, et fin mai, le total cumulé atteignait les 17 cargaisons annulées
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Fait crucial : Edison n’a pas répercuté cette perturbation sur ses clients finaux. La société s’est procuré des volumes de remplacement, principalement auprès de fournisseurs américains de GNL, et a déployé ce qu’elle appelle des « actions d’atténuation et des activités permanentes de gestion de portefeuille » . En termes comptables, le choc a été absorbé sur le bilan de l’entreprise plutôt que sur la facture des ménages — du moins pour l’instant.
La rupture entre QatarEnergy et Edison est bien plus qu’un simple litige contractuel entre un fournisseur et un distributeur. C’est un test de résistance concret pour la sécurité énergétique de l’Europe post-2022. Le continent a remplacé sa dépendance à un réseau de gazoducs russes par une dépendance massive au GNL, concentrant le risque dans un unique détroit soumis à des forces géopolitiques qui échappent totalement à son contrôle. Jusqu’ici, la capacité d’Edison à se tourner vers le gaz américain a protégé ses clients, mais pour le marché européen dans son ensemble, la fenêtre pour reconstituer les stocks avant l’hiver se réduit dangereusement, tandis que la facture de cette coûteuse police d’assurance s’alourdit chaque jour.
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