La réponse de Mike Wilson n’est pas de sortir complètement des obligations. Il recommande de réduire leur duration, c’est-à-dire leur sensibilité aux variations de taux : lorsque les rendements montent, les obligations à duration élevée sont généralement davantage exposées aux pertes. En parallèle, il considère l’or et d’autres actifs liés aux matières premières comme des diversifiants défensifs. Il a également cité le bitcoin parmi les actifs susceptibles de contribuer à la protection contre l’inflation.
Dans cette approche, l’or n’est pas principalement recherché pour générer un revenu. Il sert plutôt de couverture potentielle lorsque l’inflation, l’incertitude monétaire ou une corrélation accrue entre actions et obligations rendent la diversification traditionnelle moins efficace.
Mike Wilson décrit le marché comme le théâtre d’une vaste rotation vers les matières premières. Selon son analyse, le mouvement a d’abord concerné l’or et les producteurs miniers d’argent, avant de s’étendre aux terres rares et à d’autres métaux, puis à l’énergie et aux semi-conducteurs. Le point commun de ces secteurs est d’offrir des expositions susceptibles d’évoluer différemment des actions et des obligations classiques.
Cela ne signifie pas que toutes les matières premières ou toutes les sociétés minières progresseront ensemble. Cela montre plutôt que certains investisseurs cherchent au-delà du traditionnel duo actions-obligations pour mieux gérer le risque de leurs portefeuilles.
L’objectif de Morgan Stanley à 5 200 dollars l’once au second semestre est une prévision, et non une certitude. L’analyse fournie indique qu’il dépend en grande partie d’une reprise des flux vers les ETF investis dans l’or. Les achats des banques centrales pourraient rester favorables, mais les investisseurs de ces fonds réagissent particulièrement aux anticipations de politique monétaire de la Fed, aux taux réels et à l’évolution du dollar.
Plusieurs facteurs pourraient donc contrarier ce scénario :
Les tensions géopolitiques ne sont pas automatiquement un facteur haussier pour l’or. Elles peuvent stimuler la demande de valeur refuge, mais aussi faire grimper les cours du pétrole et inciter la Fed à retarder un assouplissement. La hausse des rendements qui en résulterait pourrait alors neutraliser une partie du soutien lié à la recherche de sécurité.
Le scénario le plus favorable associerait au contraire des données économiques moins solides, une baisse des anticipations de hausse des taux, un recul des taux réels, un dollar plus faible et un retour des achats d’ETF.
L’argent pourrait profiter d’un élargissement de la rotation vers les métaux précieux et les matières premières. Il est toutefois généralement plus volatil que l’or. Les éléments fournis ne permettent pas d’établir que l’argent atteindra 75 à 100 dollars, ou davantage : ces niveaux doivent être considérés comme des scénarios spéculatifs, et non comme des résultats étayés par les données disponibles.
La séance étudiée illustre les deux aspects de ce marché. L’argent a gagné 1,32 %, contre 0,44 % pour l’or, mais une seule séance ne suffit pas à confirmer une tendance durable. Si les taux et le dollar évoluent défavorablement aux métaux précieux, l’argent pourrait également subir des baisses plus marquées que l’or.
UBS considère l’or comme un actif intéressant et une couverture efficace. La banque a relevé ses objectifs pour 2026 à 6 200 dollars l’once en mars, juin et septembre, contre 5 000 dollars auparavant. Elle prévoit ensuite un ralentissement à 5 900 dollars d’ici à la fin de 2026.
Ces objectifs sont plus optimistes que la prévision de Morgan Stanley, qui vise 5 200 dollars l’once au second semestre. Ils restent néanmoins des projections d’analystes, pas des certitudes. L’écart entre les deux scénarios rappelle que la trajectoire de l’or dépendra de nombreux facteurs : politique monétaire, taux réels, devises, flux des investisseurs et conséquences des tensions géopolitiques sur l’inflation.
Pour la construction d’un portefeuille, le message de Mike Wilson n’est donc pas simplement « achetez de l’or ». Il estime plutôt que la baisse simultanée des actions et des obligations en 2022 a montré l’intérêt d’élargir l’éventail des actifs de diversification, tout en maîtrisant le risque de taux au sein de la poche obligataire.