En pratique, cela signifie que les investisseurs misent sur moins d’entreprises, mais avec des montants beaucoup plus importants.
Les méga‑levées dominent de plus en plus le marché : la moitié des dix plus gros tours de financement climate tech en 2025 dépassaient 1 milliard de dollars.
Certaines analyses montrent la même tendance : les tours tardifs et les financements de croissance représentaient plus de 93 % des capitaux divulgués dans un échantillon de financement climate tech, tandis que les tours seed représentaient moins de 1 %.
Cela traduit une maturation du secteur. Les investisseurs financent davantage des entreprises capables de déployer des technologies à grande échelle — stockage d’énergie, nucléaire ou fusion, infrastructures électriques — plutôt qu’une multitude d’expérimentations en phase très précoce.
Malgré certaines lectures suggérant un basculement régional, les États‑Unis continuent de dominer largement le capital‑risque mondial.
Au premier trimestre 2026, les Amériques ont attiré environ 82 % des investissements mondiaux en capital‑risque. Cette performance a été largement tirée par d’énormes levées dans l’intelligence artificielle. Cinq entreprises américaines ont à elles seules levé 188,6 milliards de dollars durant le trimestre.
Ces méga‑opérations — majoritairement en dehors de la climate tech — peuvent fausser les comparaisons régionales et provoquer de fortes variations d’un trimestre à l’autre.
Dans la climate tech elle‑même, les États‑Unis restent un pôle majeur : l’investissement VC dans ce secteur y a atteint environ 29 milliards de dollars en 2025, l’une des meilleures années jamais enregistrées malgré un ralentissement du nombre d’opérations.
L’écosystème européen dispose de nombreux atouts : recherche solide, création régulière de startups et politiques climatiques relativement ambitieuses.
Le problème apparaît souvent à l’étape suivante : le financement de l’industrialisation.
Les tours Series B, C et les levées de croissance — nécessaires pour construire des usines, déployer des infrastructures ou financer des chaînes d’approvisionnement — restent plus rares qu’aux États‑Unis. Le fait qu’il n’y ait eu que 15 opérations tardives en Europe au T1 2026 illustre ce manque de capital de scale‑up.
C’est un point crucial, car les technologies climatiques sont beaucoup plus intensives en capital que les startups logicielles classiques.
Paradoxalement, le capital disponible existe : environ 90 milliards de dollars de « dry powder » — des fonds déjà levés mais pas encore investis — restaient disponibles dans le capital‑risque climate tech mondial au premier trimestre 2026.
La question est donc moins la quantité d’argent disponible que sa destination et la capacité des entreprises à attirer ces tours majeurs.
Un autre point important : le financement venture dans la climate tech ne représente qu’une fraction du financement global de la transition énergétique.
Le capital‑risque soutient surtout des startups développant de nouvelles technologies. La transition énergétique au sens large inclut aussi d’énormes investissements dans des projets d’infrastructure — énergies renouvelables, réseaux électriques, stockage ou industrie.
Comme les levées venture sont plus petites et très concentrées, quelques tours dépassant le milliard de dollars peuvent transformer les statistiques trimestrielles. À l’inverse, la transition énergétique globale repose sur des investissements industriels et des projets d’infrastructure répartis sur de nombreuses régions.
Trois tendances structurent désormais le capital‑risque climate tech :
• Le capital se concentre de plus en plus sur des entreprises en phase de déploiement industriel.
• Le leadership régional peut varier fortement d’un trimestre à l’autre selon le timing de quelques grosses levées.
• L’Europe reste un vivier important de startups climat, mais son écosystème manque encore de financements de croissance comparé au marché américain.
Au final, le secteur ressemble de moins en moins à une vague d’expérimentation startup et de plus en plus à une industrie de déploiement à grande échelle. À mesure que les technologies climatiques passent du prototype à l’infrastructure, le capital‑risque suit les entreprises capables de construire — et financer — des projets à l’échelle industrielle.