Un cessez-le-feu ou la réouverture du détroit d’Ormuz pourrait faire baisser le pétrole, mais l’effet sur l’inflation ne serait pas instantané. Les entreprises ont peut-être déjà répercuté la hausse des coûts de l’énergie, du transport et des intrants dans leurs chaînes d’approvisionnement. Les prestataires de services peuvent également ajuster leurs tarifs avec retard, créant un décalage entre le choc initial et son effet sur l’inflation sous-jacente.
Les données de la BCE montrent d’ailleurs que les tensions ne se limitaient pas aux prix de l’énergie. L’inflation hors énergie et alimentation est passée de 2,2 % à 2,5 %, tandis que l’inflation des services a atteint 3,5 %, contre 3 % prévus. Philip Lane avait aussi averti que les cours du pétrole dépassaient les hypothèses des précédentes projections et qu’une hausse prolongée pourrait avoir des effets plus larges sur l’économie.
C’est le sens de l’analyse de Joachim Nagel, président de la Bundesbank, pour qui le choc énergétique reste « dans le système ». Même si le pic immédiat des cours du pétrole s’estompe, les hausses déjà intégrées dans les contrats et les chaînes d’approvisionnement peuvent mettre du temps à disparaître.
En juin, la BCE a relevé son taux de dépôt de 25 points de base, à 2,25 %, afin d’éviter que l’inflation alimentée par l’énergie ne devienne plus persistante. Philip Lane a qualifié le choc de « moyen » : suffisamment sérieux pour justifier une réponse monétaire, mais pas forcément pour déclencher un resserrement agressif.
La logique est préventive. Une hausse des taux ne produit pas davantage de pétrole et ne peut pas rouvrir une route maritime bloquée. Elle peut toutefois freiner la demande et signaler que la BCE entend ramener l’inflation vers 2 % à moyen terme. Ce signal devient essentiel si les salariés, les ménages et les entreprises commencent à anticiper une inflation durable et adaptent leurs salaires ou leurs prix en conséquence.
La BCE a ensuite laissé ses taux inchangés en juillet, confirmant que ses prochaines décisions dépendraient des données à venir et non d’un calendrier prédéfini. Une nouvelle hausse reste possible si les prix de l’énergie demeurent élevés ou si les signes d’une inflation plus large se multiplient. Mais les anticipations des marchés ne constituent pas un engagement de la banque centrale.
Les données sur les entreprises européennes illustrent le risque d’une politique trop restrictive. Au deuxième trimestre 2026, les créations d’entreprises dans l’Union européenne ont diminué de 0,5 % par rapport au trimestre précédent, tandis que les faillites ont augmenté de 5,7 %. Les immatriculations ont reculé dans cinq des huit secteurs étudiés, et les faillites ont notamment progressé dans l’éducation et les activités sociales, les transports et les services financiers.
Ces chiffres ne prouvent pas que la politique de la BCE a provoqué les faillites. Les entreprises doivent aussi composer avec une demande faible, des coûts d’exploitation élevés, le retrait des aides mises en place pendant la pandémie et des difficultés propres à chaque secteur. La BCE a néanmoins constaté que les faillites d’entreprises de la zone euro dépassaient les niveaux d’avant la pandémie et s’étendaient à davantage de secteurs.
Des taux plus élevés ajoutent une pression supplémentaire en renchérissant les nouveaux emprunts et le remboursement des dettes arrivant à échéance. L’impact devrait être particulièrement marqué pour les entreprises aux marges réduites, fortement endettées ou contraintes de refinancer une grande partie de leur dette dans un avenir proche.
La décision est difficile, car chacune des deux options comporte un risque :
La géopolitique est donc le principal facteur de bascule. Un règlement rapide et durable réduirait la nécessité d’un nouveau resserrement, même s’il n’annulerait pas instantanément toutes les hausses de prix déjà répercutées dans l’économie. À l’inverse, une perturbation prolongée ou renouvelée rendrait le scénario d’une inflation proche de 3 % plus probable et renforcerait la pression sur la BCE pour qu’elle agisse.
Le message de fond est que la BCE ne choisit pas simplement entre l’inflation et les difficultés des entreprises. Elle doit déterminer quelle dose de pression financière accepter aujourd’hui pour limiter le risque d’une inflation plus durable demain, tout en attendant de voir quelle ampleur prendra finalement le choc énergétique et géopolitique.