Pour l’entreprise, cette « aisance avec l’IA » représente un véritable atout. Au lieu de devoir former massivement des collaborateurs expérimentés à de nouveaux outils, les équipes peuvent intégrer des recrues qui savent déjà expérimenter avec ces systèmes et les intégrer dans leur flux de travail.
Cette transformation est également inscrite dans la culture interne. Chez Accenture, la maîtrise des outils d’IA devient progressivement une compétence attendue — et même un facteur important pour progresser dans sa carrière ou obtenir une promotion.
Plutôt que de supprimer les postes juniors, l’entreprise cherche donc à redéfinir leur rôle. Les tâches répétitives sont automatisées, tandis que les jeunes consultants se concentrent davantage sur la résolution de problèmes, la relation client et la supervision des outils d’IA.
Le raisonnement du cabinet repose sur une observation simple : les jeunes diplômés ont souvent découvert l’IA générative pendant leurs études.
Avec la généralisation d’outils accessibles comme les assistants d’écriture ou de programmation, beaucoup d’étudiants ont déjà acquis une expérience pratique avant même d’entrer dans le monde du travail. Cette familiarité peut accélérer l’adoption de l’IA au sein des équipes, car ces recrues n’ont pas besoin de changer radicalement leurs habitudes de travail.
Dans cette logique, les nouveaux diplômés ne sont plus seulement des exécutants chargés de tâches répétitives. Ils peuvent devenir des catalyseurs de l’adoption de l’IA dans les organisations.
PwC adopte une approche beaucoup plus prudente face à cette transformation technologique.
Selon des documents internes rendus publics, le cabinet prévoit de réduire ses recrutements de début de carrière aux États‑Unis d’environ un tiers au cours des trois prochaines années.
Les projections internes montrent par exemple que les embauches d’associés dans les activités fiscales et d’audit pourraient passer de 3 242 recrues pour l’exercice se terminant en juin 2025 à environ 2 197 en 2028, soit une baisse d’environ 32 %.
PwC explique cette décision par plusieurs facteurs : la transformation technologique en cours et un taux de départ des employés historiquement faible, ce qui réduit le besoin de renouveler les équipes juniors.
Par ailleurs, l’automatisation commence à prendre en charge une partie du travail traditionnellement confié aux jeunes recrues — par exemple la revue de documents, certaines vérifications comptables ou l’analyse de données de base.
La différence entre Accenture et PwC reflète un débat plus large dans le secteur du conseil et de l’audit.
Deux visions de l’impact de l’IA coexistent aujourd’hui :
• L’IA remplace le travail junior. Dans cette perspective, les logiciels automatisent une grande partie des tâches autrefois confiées aux jeunes diplômés, ce qui réduit le besoin de grandes cohortes de recrues.
• L’IA amplifie la productivité des juniors qualifiés. Selon l’autre vision, des employés débutants capables de travailler efficacement avec l’IA peuvent devenir beaucoup plus productifs et stratégiques.
La stratégie d’Accenture correspond clairement à la seconde hypothèse. Celle de PwC s’inscrit davantage dans la première.
Malgré leurs stratégies différentes, un point semble faire consensus : le contenu des emplois débutants est en train de changer.
Les rôles centrés sur des tâches répétitives — rédaction simple de documents, saisie de données ou analyses de routine — deviennent de plus en plus automatisables. En revanche, les jeunes diplômés qui combinent compétences métier, communication et utilisation concrète d’outils d’IA pourraient devenir plus précieux qu’auparavant.
En pratique, cela signifie que le premier échelon de la carrière professionnelle ne disparaît pas forcément. Mais il pourrait devenir plus restreint, plus sélectif et beaucoup plus axé sur la technologie.