Des plateformes comme Tmall, l’un des principaux sites chinois de commerce en ligne, fournissent aux marques d’immenses volumes de données sur les ingrédients recherchés, les préoccupations cutanées et les habitudes d’achat. Ces informations servent de plus en plus à ajuster les produits et à orienter les prochaines innovations .
Les gains de temps les plus spectaculaires apparaissent dans la recherche et développement. Peu avant le grand festival commercial chinois Singles’ Day, Yatsen Holding a lancé un sérum contenant du PDRN, un ingrédient régénérant très recherché dans les soins de la peau. Grâce à l’IA, ses chercheurs ont ramené en une seule semaine une liste de plus de 50 ingrédients candidats à seulement trois. Le cycle complet de développement, qui dépasse généralement deux ans, a ainsi été réduit à six mois .
Plus largement, le criblage virtuel permet aux équipes de R&D d’examiner rapidement d’immenses bibliothèques de matières premières et d’identifier les combinaisons de formule les plus prometteuses. Selon des données publiées en Chine, le délai entre la conception et la mise sur le marché d’un nouveau produit peut être ramené à environ 15 mois .
Des marques nationales collaborent également avec des entreprises de biotechnologie et des laboratoires spécialisés en IA pour créer des systèmes capables de prédire l’efficacité et la sécurité de nouveaux composés avant même leur passage au laboratoire . Proya, l’une des entreprises chinoises de soins de la peau à la croissance la plus rapide, a notamment investi dans des plateformes de recherche fondées sur les données. Celles-ci analysent les avis en ligne, les conversations autour des ingrédients et les retours des consommateurs sur les plateformes de commerce électronique afin d’orienter le développement des produits .
L’IA ne s’arrête pas au laboratoire. Florasis, connue en Chine sous le nom de Huaxizi, exploite à Hangzhou une « usine intelligente » qui associe robotique, production guidée par laser et contrôle qualité assisté par IA. Cette organisation améliore la précision et contribue à réduire les défauts de fabrication .
Les outils d’analyse prédictive aident aussi les fabricants à ajuster les volumes produits et l’approvisionnement en ingrédients en fonction des évolutions attendues de la demande. En limitant les excédents et les erreurs de planification, ils peuvent réduire le gaspillage .
Côté expérience d’achat, les essayages virtuels sont perfectionnés pour mieux prendre en compte les carnations et les styles de maquillage propres aux différents marchés régionaux. Des conseillers beauté automatisés associent l’analyse du visage à des données climatiques locales — notamment l’humidité et la pollution saisonnière — pour recommander des routines de soins .
Dans les studios de vente en direct, des moteurs de recommandation analysent en temps réel les commentaires des spectateurs et leurs habitudes d’achat. Ils peuvent ainsi adapter la présentation des produits pendant la diffusion, avec pour objectif d’améliorer le taux de conversion .
Les marques chinoises détiennent aujourd’hui 57 % des ventes de cosmétiques en Chine, mais restent derrière leurs concurrentes étrangères dans le segment premium . Un observateur du secteur résume ainsi le contraste : « Les marques occidentales disposent de davantage de puissance de calcul pour la découverte et la validation ; les marques chinoises, elles, sont plus rapides pour passer du laboratoire aux rayons » .
L’adoption de l’IA reste toutefois inégale, notamment en raison des écarts de financement et de disponibilité des talents. La direction prise par le secteur est néanmoins nette : la concurrence évolue d’un modèle dominé par le marketing et les canaux de distribution vers une innovation technologique plus précise, pilotée par les données .