Le nouveau dispositif varie selon la durée du marché :
La plateforme a également promis 1 million de dollars de récompenses de liquidité pour les marchés concernés pendant le mois d’août, afin d’accompagner la transition .
Un détail reste important : seul le prix de clôture est désormais moyenné. Le prix d’ouverture demeure fondé sur un instantané unique . Cette asymétrie fait débat, mais le cœur de la réforme consiste à rendre beaucoup plus difficile — et plus coûteux — le fait de déplacer le prix de règlement au dernier moment.
Les marchés Bitcoin à cinq minutes, lancés à la mi-2024, permettaient de prendre position sur une question binaire : le prix du Bitcoin serait-il plus élevé ou plus bas à la fin de la période qu’à son début ? Une position gagnante rapportait 1 dollar, contre 0 dollar pour une position perdante .
Le règlement s’appuyait sur une donnée de prix fournie par Chainlink, un oracle décentralisé qui agrège des informations issues de plusieurs places de marché . Comme un nouveau contrat s’ouvrait toutes les cinq minutes, 24 heures sur 24, chaque échéance créait une cible extrêmement précise.
Selon le scénario décrit par les chercheurs, un opérateur pouvait alors :
Cette opération, surnommée le « truc de cinq secondes », ne reposait donc pas nécessairement sur une tendance durable du marché. Elle exploitait plutôt la dépendance du contrat à un point précis dans le temps .
Le document de travail, cosigné par des chercheurs de Stanford University et de la Singapore Management University (SMU), a examiné environ 16 000 contrats Bitcoin de cinq minutes sur une période de deux mois . Ses résultats mettent en évidence plusieurs signaux inhabituels :
Ces éléments ne constituent pas, pour chaque compte, une preuve individuelle d’infraction. Ils décrivent des schémas statistiques cohérents avec une stratégie visant le prix de règlement. Les chercheurs qualifient néanmoins la faille de « structurelle » : selon eux, elle était inscrite dans la conception des contrats, et ne se résumait pas à l’intervention de quelques acteurs isolés .
L’un des résultats les plus parlants concerne les contrats de 15 minutes. En analysant ces marchés, les chercheurs n’ont plus retrouvé les mêmes comportements suspects .
Ce résultat fournit un quasi-test naturel : lorsque la période s’allonge, une poussée de prix de quelques secondes pèse moins dans le résultat final. Pour les auteurs, cela indique que le problème venait principalement de la fenêtre de cinq minutes et du règlement sur un prix ponctuel, plutôt que du modèle des marchés prédictifs lui-même .
Avec un instantané unique, une intervention brève pouvait suffire à faire franchir au Bitcoin le seuil déterminant pour le contrat. Avec un TWAP, cette intervention doit durer plus longtemps ou être répétée pour modifier suffisamment la moyenne calculée.
Le coût et le risque augmentent alors :
La transparence de la blockchain ne suffisait donc pas à elle seule. Même si les transactions sont enregistrées et vérifiables, un mécanisme de règlement mal calibré peut créer des incitations favorables à des opérateurs mieux équipés ou mieux informés. Dans ce cas, la conception du contrat compte autant que l’auditabilité des opérations .
Le changement technique intervient alors que Polymarket évolue dans un cadre réglementaire américain particulièrement mouvant, sous l’attention de la Commodity Futures Trading Commission (CFTC), l’autorité fédérale chargée notamment de superviser les marchés dérivés et certains contrats événementiels.
En janvier 2022, la CFTC a infligé à Blockratize, la société qui opérait sous le nom de Polymarket, une amende civile de 1,4 million de dollars. Elle lui reprochait notamment d’avoir proposé des options binaires liées à des événements sans les autorisations et enregistrements requis, dont celui de Swap Execution Facility . Polymarket avait ensuite bloqué l’accès aux utilisateurs américains .
En juillet 2025, le ministère américain de la Justice et la CFTC ont indiqué avoir clos leurs enquêtes respectives sans engager de poursuites contre la plateforme . Plusieurs comptes rendus ont relié cette décision à l’évolution de la politique réglementaire américaine sous l’administration Trump, mais cette interprétation relève du contexte rapporté autour de cette clôture, et non d’une conclusion de l’étude sur les marchés Bitcoin .
Le 3 septembre 2025, la CFTC a autorisé le retour de Polymarket aux États-Unis par l’intermédiaire d’une structure nouvellement acquise et enregistrée, QCX LLC, également présentée sous la marque Polymarket US. L’autorisation s’accompagnait de conditions portant notamment sur la conservation des données et les obligations de tenue de registres . Un ordre de désignation modifié a suivi en novembre 2025 .
Polymarket fonctionne depuis avec deux plateformes distinctes :
La liste d’attente de cette version américaine a été retirée en mai 2026 ; l’accès était alors proposé via l’application iOS, tandis que les versions Android et web restaient en attente selon les informations disponibles .
Ces autorisations n’ont pas mis fin à l’examen de Polymarket. En juin 2026, le Wall Street Journal a rapporté que la CFTC menait encore une « enquête approfondie » sur certaines activités de la plateforme. Cette procédure inclurait notamment des allégations distinctes concernant de faux paris et des gains présentés comme réels dans le cadre de campagnes avec des influenceurs .
Le cas des contrats Bitcoin à cinq minutes illustre un risque souvent sous-estimé : un marché peut être transparent, automatisé et adossé à une blockchain tout en restant vulnérable à une manipulation de son mécanisme de règlement.
Pour les utilisateurs, la rapidité avait un prix. Les contrats de cinq minutes offraient une succession de paris très courts, mais leur dépendance à un instantané final pouvait créer une forme de « taxe invisible » au bénéfice d’acteurs capables d’intervenir sur le marché spot au moment critique.
Le passage au TWAP ne garantit pas à lui seul l’absence de manipulation. Il réduit toutefois l’intérêt d’un choc de prix ponctuel et répond directement au mécanisme identifié par l’étude Stanford-SMU. Pour les régulateurs, cette affaire offre aussi une grille d’analyse applicable à d’autres marchés prédictifs : durée des contrats, méthode de calcul du prix de référence, profondeur de la liquidité et capacité d’un acteur à influencer l’actif sous-jacent.
La réforme marque ainsi une adaptation concrète de Polymarket face à une faiblesse de conception. Mais entre la surveillance persistante de la CFTC et les questions plus larges entourant ses deux plateformes, le dossier réglementaire de l’entreprise est loin d’être clos.