À ce stade, Remy peut être compris comme le nom de code d’un agent personnel IA que Google teste autour de Gemini. Sa différence avec un chatbot classique tient à la notion d’action : il ne s’agirait pas seulement de produire une réponse, mais de pouvoir accomplir certaines tâches au nom de l’utilisateur, sous réserve des autorisations nécessaires.
Les éléments publiquement étayés sont limités, mais importants :
Il faut donc se méfier des formules du type « Google a lancé le tueur d’OpenClaw ». Ce que l’on peut dire sérieusement, c’est que Google testerait en interne une réponse possible à la vague des agents personnels IA.
OpenClaw est un projet d’assistant personnel IA open source créé par Peter Steinberger. TechCrunch résume sa promesse par une formule simple : « AI that actually does things », une IA qui fait réellement des choses, par exemple gérer un calendrier, réserver des vols ou participer à un réseau social composé d’assistants IA.
Le lien avec OpenAI tient surtout aux personnes et à la stratégie. OpenAI a recruté Steinberger ; Sam Altman a indiqué qu’il travaillerait sur la prochaine génération d’agents personnels, et Steinberger a lui-même écrit qu’il rejoignait OpenAI pour aider à apporter les agents IA au plus grand nombre.
Point important : OpenClaw n’est pas présenté comme un produit OpenAI absorbé tel quel. Steinberger a écrit qu’OpenClaw serait transféré à une fondation et resterait ouvert et indépendant. Parler d’« OpenAI/OpenClaw » signifie donc surtout qu’OpenAI récupère l’expérience et le talent du créateur d’OpenClaw, tandis que le projet OpenClaw doit continuer sous une forme open source indépendante.
Le match Remy contre OpenAI/OpenClaw ne consiste pas à savoir qui affichera la réponse la plus élégante dans une fenêtre de chat. L’enjeu est plus profond : qui réussira à devenir l’intermédiaire capable de comprendre une demande, d’utiliser les bons outils, de demander confirmation quand il le faut et d’exécuter une tâche sans créer de chaos.
| Sujet | Remy / Google | OpenClaw / OpenAI |
|---|---|---|
| État actuel | Projet signalé comme testé en interne dans une version employés de Gemini, sans lancement public confirmé. | OpenClaw est un projet open source d’agent personnel ; son créateur a rejoint OpenAI. |
| Promesse | Un « 24/7 personal agent » capable d’agir pour le compte de l’utilisateur. | Une IA qui « fait réellement des choses », comme gérer un agenda ou réserver un vol. |
| Avantage potentiel | Google possède déjà Gemini et de nombreux services susceptibles d’être connectés ; Remy pourrait s’intégrer à une série de services Google. | OpenAI bénéficie de l’expérience du créateur d’OpenClaw et affiche clairement son intérêt pour les agents personnels. |
| Grande incertitude | Fonctions exactes, permissions, calendrier de sortie et conditions d’utilisation restent inconnus. | OpenClaw doit rester ouvert et indépendant, donc il ne faut pas le confondre avec un futur produit OpenAI. |
En résumé, Remy ressemble à un signal fort envoyé par Google dans la course aux agents personnels. Mais un signal n’est pas encore un produit fini.
Pour qu’un agent personnel soit vraiment utile, il doit comprendre le contexte et agir dans les outils que l’utilisateur utilise déjà. C’est là que Google dispose d’un avantage structurel : son écosystème couvre la recherche, la messagerie, les photos, la vidéo, le navigateur, le cloud et les outils professionnels.
Google a déjà présenté Gemini 2.0 comme un modèle pensé pour « l’ère agentique », avec des expériences comme Project Astra, Project Mariner et Jules. Par ailleurs, la fonction Personal Intelligence de Gemini est décrite comme connectant l’assistant à des éléments de l’écosystème Google, notamment Gmail, Google Photos, Search et l’historique YouTube, afin de produire des réponses plus personnalisées.
Côté entreprises, Google Cloud décrit la Gemini Enterprise Agent Platform comme une plateforme pour construire, faire passer à l’échelle, gouverner et optimiser des agents. Google présente aussi Gemini Enterprise comme une plateforme permettant aux employés d’utiliser les données et outils de leur entreprise et de créer des agents IA.
Ces éléments ne prouvent pas que Remy sortira sous une forme précise. Ils montrent en revanche une direction cohérente : Gemini n’est plus seulement pensé comme un assistant conversationnel, mais comme une couche IA intégrée à des services, des données et des flux de travail.
OpenClaw a frappé les esprits parce qu’il rendait l’idée d’agent IA très tangible. Au lieu de demander à une IA d’expliquer comment organiser son agenda, l’utilisateur pouvait imaginer une IA qui tente réellement de gérer cet agenda. Au lieu de chercher des informations sur un vol, l’idée était de se rapprocher d’un assistant capable d’aider à finaliser la réservation.
C’est précisément ce type de vision produit qu’OpenAI semble vouloir renforcer. Altman a indiqué que Steinberger contribuerait à la prochaine génération d’agents personnels, et Steinberger a expliqué rejoindre OpenAI pour travailler à rendre les agents accessibles à tous.
La prudence reste toutefois de mise. Business Today a rapporté qu’OpenAI n’avait pas précisé le rôle exact de Steinberger, sa date de début ni si ces travaux déboucheraient sur de nouveaux produits ou sur des intégrations à des services existants comme ChatGPT. La direction est claire ; les détails, eux, restent largement ouverts.
Plus un agent personnel est utile, plus il devient risqué. Une IA qui peut envoyer un message, modifier un document, déplacer un rendez-vous ou déclencher une commande doit être encadrée par des règles strictes : permissions explicites, validations humaines, historique des actions, possibilité de revenir en arrière et séparation claire des données sensibles.
Ce n’est pas une inquiétude abstraite. InfoWorld a rapporté que, malgré la popularité rapide d’OpenClaw, des chercheurs en sécurité avaient signalé de sérieuses vulnérabilités dans l’outil open source. Google, de son côté, met aussi en avant la sécurité et la sûreté comme priorités dans l’exploration des expériences agentiques avec Gemini 2.0.
La compétition ne se jouera donc pas seulement sur la puissance des modèles. Elle se jouera sur la confiance : l’agent comprend-il la demande ? sait-il quand demander confirmation ? peut-on auditer ce qu’il a fait ? protège-t-il correctement les données ? et que se passe-t-il lorsqu’il se trompe ?
Remy n’est pas encore le « vainqueur » d’une course contre OpenClaw. C’est plutôt un indice important de la stratégie de Google : pousser Gemini vers des agents personnels capables de rester disponibles, de comprendre le contexte et d’agir dans un écosystème de services.
Face à cela, OpenAI avance par une autre voie : intégrer l’expérience du créateur d’OpenClaw pour construire la prochaine génération d’agents personnels, tout en laissant OpenClaw exister comme projet ouvert et indépendant selon les déclarations de son auteur.
La vraie question, pour les utilisateurs, ne sera pas de savoir quel assistant parle le mieux. Elle sera de savoir lequel peut faire davantage, avec moins d’erreurs, plus de contrôle et des garde-fous assez solides pour mériter qu’on lui confie une partie de notre vie numérique.